mardi 6 janvier 2009

Un cadeau bien embarrassant!


J'ai acheté le magazine Première et j'ai eu un tee-shirt Che Guevara... Dois-je vraiment le porter?

11 commentaires:

Jordi a dit…

Pauvre de lui je ne comprend toujours pas pourquoi ses héritiers commercialisent ainsi l'image de cet homme. Mais peu être le mythe est au-delà de la réalité de sa vie ? Espèrent-ils faire connaitre son action ainsi ?

duobrio a dit…

offrez le à vos enfants, c'est à la mode en ce moment chez les jeunes !

Lhansen-Love a dit…

Mes enfants.. je crois qu'ils ont passé l'âge.
Sérieusement, qui va porter cela aujourd'hui?

Camille a dit…

Bah... il y a bien des personnes qui portent des tee-shirts à l'effigie d'Obama... C'est vrai, Obama est vivant, lui, et il va (peut-être) agir, lui...
De toute façon, concernant le Che, c'est un phénomène de mode. Tous ceux qui s'affichent avec son image n'adhèrent pas à ce qu'il fut ou à ce qu'il a fait - pour la simple raison qu'ils l'ignorent pour la plupart. Quant aux autres, ils feraient mieux de ranger leurs tee-shirts... Son image a été excessivement utilisée, elle est désincarnée.

Lhansen-Love a dit…

Obama est indéniablement porteur d'espoir (même si c'est à tort)
Mais de quel espoir le Che est-il porteur?
Dire "c'est une mode" est un peu court. Il reste à savoir pourquoi cette mode p^lutôt qu'une autre...

Anonyme a dit…

Libre à vous de le porter...N'oublions tout de même pas que le Che jouit d'une certaine "légende dorée" alors qu'au final il était loin d'être un saint et c'est le moins que l'on puisse dire!!!
Je crois même que les gens se réclamant de nos jours de Che Guevera (je pense notamment à des gens comme Olivier Besancenot...) ne savent pas véritablement qui il a été et ce qu'il a réellement commis...Tout au moins ils occultent la part d'ombre (déliberemment ou non?) du Che pour en retenir le positif et l'ériger seulement en symbole de la Révolution tel que l'a décrite le Che dans son oeuvre!

Anonyme a dit…

J'ai trouvé des citations intéressantes sur internet au sujet du mythe qui entoure Che Guevara :

1) L'image de Che Guevara est à comparer à une mode globale, perdant souvent beaucoup sa connotation idéologique et politique, et le culte du Che a été parfois relativisé comme un simple « romantisme révolutionnaire adolescent ».

2)L'auteur Christopher Hitchens, un supporter de la révolution cubaine dans les années 1960, résuma l'héritage de Guevara ainsi: « Le statut d'icône historique du Che a été assuré parce qu'il a échoué. Son histoire est une histoire de défaite et d'isolement, et c'est pourquoi il est si séduisant. Aurait-il vécu, et le mythe du Che serait mort depuis longtemps ».


J'aimerais savoir ce que vous en pensez?

Lhansen-Love a dit…

Oui, pour aller dans votre sens, anonyme, voci la copie d'un article de mes archives lu dans le Monde, (je crois):


Point de. vue
Che Guevara, héros de l'impasse, par Gérard Challiand
La mort reçue au combat était dénommée dans la Grèce antique "belle mort", Ainsi, l'échec politique et stratégique d'Ernesto Che Guevara en Bolivie où il a été exécuté en octobre 1967, le vouait à le transformer en mythe : il avait assumé jusqu'au bout le destin qu'il s'était choisi. Lorsque le Che quitte Cuba, après s'être démis de toutes ses fonctions, il a en tête de contribuer à créer un, deux, plusieurs Vietnam "contre l'impérialisme" américain ". La tentative de susciter un foyer insurrectionnel en Bolivie était sans doute vouée à l'échec dès le début des onze mois de son existence. Elle s'ajoutait, sur un terrain moins étranger, au fiasco qu'avait précédemment rencontré Guevara au Zaïre où clandestinement, il avait tenté en vain de mieux organiser une insurrection médiocre.

L'expérience bolivienne entendait mettre en pratique la théorie du foco, ou foyer combattant qui consiste à engager la lutte armée sans préparation politique des populations qu'il entend entraîner. Cette stratégie avait déjà largement montré son inanité, depuis une demi-douzaine d'années, dans plusieurs pays latino-américains.

C'est dans la Guerre de guérilla que Guevara résume les leçons de la révolution cubaine : des irréguliers peuvent battre une armée régulière ; la montagne est le terrain idéal et, surtout, il n'est pas nécessaire d'attendre que toutes les conditions soient réunies pour commencer la lutte armée. Celle-ci pouvant, par exemple entraîner l'appui ou la participation des paysans.

Or les raisons on succès des castristes à Cuba n' avaient pas été convenablement évaluées par les mouvements pour le "pain et la liberté", ce qui leur gagna l'appui de mouvements politiques urbains opposés à la dictature de Batista dont la base sociale était mince. Par ailleurs, le Etats-Unis observaient une neutralité plutôt bienveillante.

Dès que la révolution cubaine , en cours dans années 1960-1961 se radicalisa et se proclama "marxiste-léniniste" , l'exode d'une partie de la population commença. Les États-Unis manifestèrent leur hostilité militante tandis que les gouvernements latino-américains, dictatoriaux ou non, s'efforcèrent, épaulés par Washington, d'écraser dans l’oeuf toute tentative d'insurrection sur le modèle castriste.

A Cuba, dans les années 1960, aucune leçon ne fut tirée des échecs du foco, Régis Debray en rédigea même une brillante théorisation dans Révolution dans la révolution (Maspero 1967). En Bolivie, le Parti communiste se refusant à accorder son soutien à l'entreprise. Guevara se retrouva avec une troupe essentiellement composée d'étrangers, et sur un terrain géographique et humain particulièrement défavorable : ni lui ni aucun des siens ne pouvaient communiquer avec les paysans indiens qui ri entendaient pas l'espagnol.

La propagande par l'acte, cette technique qui, avec les anarchistes, au tournant du siècle précédent, avait démontré ses limites et dont la portée était surtout médiatique, ne pouvait remplacer le patient travail de mobilisation et d'organisation des mouvements révolutionnaires tels ceux des Chinois ou des Vietnamiens.

En Amérique latine, les luttes armées, contrairement aux mouvements anticolonialistes d'Asie et d'Afrique, ne pouvaient invoquer la question nationale. On y était formellement indépendants depuis longtemps La théorie du foco, en négligeant le travail politique, concourait à isoler davantage les éléments révolutionnaires. Il faudra vingt ans d'échecs en Amérique latine pour que l'emportent les sandinistes au Nicaragua (1979) après être revenus aux méthodes organisationnelles classiques.

"Jamais un paysan n'a rejoint la guérilla" note Guevara au neuvième mois du journal qu'il tient et qui fut publié après sa mort. Amer constat qui ne laissait d'autre alternative que de continuer, par volontarisme. Tout indiquait qu'il menait à une tragique impasse.

Blessé, Guevara était achevé, parce qu'il était plus commode de l'avoir mort que vif. Sa mort, à laquelle il s'était depuis longtemps préparé, lui conférait l'aura héroïque de ceux qui, tôt disparus, surent vivre et mourir conformément à ce qu'ils prônaient.

Gérard Chaland, spécialiste de géostratégie

Lilly a dit…

Merci pour cet article, c'est toujours un plaisir de lire Gérard Chaliand, son pavé sur le terrorisme est vraiment intéressant. Sinon, pour votre t-shirt, vous pouvez toujours le vendre sur ebay, le garder pour dormir, le customiser.. ;-)

Guillaume a dit…

Merci beaucoup pour ces précisions!
Après toutes ces réflexions que comptez-vous finalement faire de ce T-Shirt?
En fait, j'ai oublié de rajouter que je ne suis pas un anonyme mais l'un de vos anciens élève en HK à Jules Ferry l'année dernière et je tenais à vous dire que j'apprécie vraiment votre blog sur l'actualité!

Anonyme a dit…

j'ai rendu le tee-shirt au marchand de journaux LHL