mercredi 24 septembre 2008

Socrate au collège


(soyons claire : je trouve le film excellent. Bravo Cantet et F.B.. Cependant, je suis sceptique en ce qui concerne l'interprétation que les auteurs eux-mêmes proposent du film)

La méthode socratique peut-elle porter ses fruits au collège?

Tout dialogue authentique implique une égalité entre les interlocuteurs.
Il n’y a pas et ne peut y avoir égalité entre un prof et ses élèves
Le « dialogue » ici n’est donc qu’un simulacre de dialogue

Socrate et ses interlocuteurs étaient des adultes, de statut comparable. Ce n’était pas la situation d’un maître avec ses élèves, laquelle est fondée sur une évidente asymétrie et non pas sur une quelconque « égalité ». L’école n’est pas une mini démocratie. C’est une autre situation , une autre configuration. A l’école ce n’est pas celui qui est le plus fort en gueule, ni non plus celui qui recueille le plus de suffrages, ni celui qui envoie le plus de vannes qui « a raison » ; c’est celui qui est en position d’autorité, par ses titres, par la reconnaissance de l’institution et évidemment par son savoir-faire (et non pas en fonction du choix de je ne sais quels électeurs).

D’autre part, un cours de grammaire en classe de quatrième est a priori barbant, il n’est pas divertissant
Or le film de Cantet est loin d’être ennuyeux
Donc il ne restitue la vie de la classe mais il la réinvente pour en faire un spectacle
(c’est comme si on disait que le film Pirates des Caraïbes était un docu-vérité sur le phénomène de la piraterie)

En revanche, ce que montre le film, et fort bien, c’est ce que Hegel a appelé " la dialectique du maître et de l’esclave". L’enjeu de ces « combats de coqs » est en fait de décider qui (du prof ou de la classe) imposera sa loi à l’autre. A aucun moment il n’est question de transmission d’un savoir respectable et utile (ou de l'apprentissage de la citoyenneté), ce dont les élèves ne paraissent pas être en manque.

Celui (celle) qui a raison dans le film c’est celui qui a le dernier mot (la futée Esmeralda).


On est exactement aux antipodes de l’enseignement socratique…

1 commentaire:

Duobrio a dit…

Je n'ai pas été voir "le film dont tout le monde parle" et ne suis pas sûre d'en avoir envie...

Bien sûr beaucoup de classes se retrouveront dans cette mise en scène spécifique, mais de nombreuses autres également n'y verront aucune ressemblance ..

Ne risque t-on pas d'éliminer d'office par cette étude tous les professeurs qui essayent par leurs pauvres moyens de maintenir non pas une égalité entre eux et les élèves, mais bien une relation d'autorité indispensable entre un professeur et ses élèves.
Comme vous le soulevez, il ne s'agit pas de discuter, de dialoguer sans arrêt, de chercher à savoir qui est le "maître" et qui est l'élève, mais d'apprendre avant tout !!
Il apparaît que ces principes qui devraient être acquis depuis la plus petite enfance (valable également dans la famille avec les parents, les adultes, etc..) ne sont plus d'actualité aujourd'hui pour beaucoup de jeunes et moins jeunes enfants.
Peut-être que certaines bases d'éducation devraient être révisées.
Certainement le "revers de la médaille" de Mai 68 !

P.S. : le respect et la notion de hiérarchie n'impliquent pas bien évidemment la soumission, le silence ou la domination, la toute puissance ou l'abus de pouvoir, etc... (personne ne souhaite revenir au modèle ancien archaïque des relations profs/élèves)
Chacun à "sa" place ...