lundi 1 septembre 2008

homo socialistus homini lupus

" L'homme n'est pas un être doux, en besoin d'amour, qui serait tout au plus en mesure de se défendre quand il est attaqué, mais qu'au contraire il compte aussi à juste titre parmi ses aptitudes pulsionnelles une très forte part de penchant à l'agression. En conséquence de quoi, le prochain n'est pas seulement pour lui un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d'exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ce qu'il possède, de l'humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus (1 ; qui donc, d'après toutes les expériences de la vie et de l'histoire, a le courage de contester cette maxime? Cette cruelle agression attend en règle générale une provocation ou se met au service d'une autre visée dont le but pourrait être atteint aussi par des moyens plus doux. Dans des circonstances qui lui sont favorables, lorsque sont absentes les contre-forces animiques qui d'ordinaire l'inhibent, elle se manifeste d'ailleurs spontanément, dévoilant dans l'homme la bête sauvage, à qui est étrangère l'idée de ménager sa propre espèce. Quiconque se remémore les atrocités de la migration des peuples, des invasions des Huns, de ceux qu'on appelait Mongols sous Gengis Khan et Tamerlan, de la conquête de Jérusalem par les pieux croisés, et même encore les horreurs de la dernière Guerre Mondiale (2 ourra que s'incliner humblement devant la confirmation de cette conception par les faits"
Sigmund Freud, Le Malaise dans la culture (1930), trad. P Cotet, R. Lainé et J. Stute-Cadiot, Éd. PUF, coll. Quadrige, 3` éd. corrigée, 1998, pp. 53-54.

1. « Lhomme est un loup pour l'homme. » Formule de Plaute (Asinaria), reprise notamment par Hobbes.

2. Il s'agit ici de la Première Guerre mondiale.

2 commentaires:

Prodeo a dit…

Allons-nous remettre en cause le mythe du bon sauvage si cher à Jean-Jacques Rousseau ?

Lhansen-Love a dit…

l'homme est bon, selon Rousseau, mais les hommes sont méchants. Il n'y a rien à remettre en cause...