samedi 8 décembre 2007

Ferry et Julliard réconciliés sur le dos de l'école


Entendu ce matin sur LCI:

Luc Ferry: "Depuis 1995, l'école est en panne, nous ne progressons plus dans aucun domaine... il faut dire la vérité, la maison brûle..."

Jacques Julliard : "Le pays s'effondre lentement , comme le Titanic. L'orchestre joue encore sur le pont. On ne s'aperçoit de rien"

Comment ne pas s'interroger sur le lien entre ce constat et la "mort de la culture française" ( selon le Time) Voir Hansen-love

La cause?

Luc Ferry :" C'est la pédagogie de l'hameçon. On peut attirer les élèves. On veut les séduire, les divertir pr des activités ludiques.
Chemin faisant, on a cessé de leur donner le goût du travail"


Votre avis (je m'adresse à mes collègues)?

7 commentaires:

florian a dit…

Bonsoir,
Premières réactions (d'autres viendront peut-être) :
1. ils sont bien avisés les Ferry et Julliard, depuis combien de temps n'ont-ils pas mis les pieds dans une salle de classe de la France profonde et d'en-bas, celle qui souffre ?
Elles sont bien avisées ces élites pyromanes qui mettent le feu à la maison et accusent les habitants d'avoir allumé l'incendie. Ceux là-même qui ne promettent plus rien et qui voudraient que l'école continue de fournir des élites, des gens bien élevés qui lisent les livres de Ferry, qui achètent l'Obs et lisent Télérama.
2. Mes élèves décrochent les bacs L, ES, S et STG en souffrant, mais ils les décrochent. Ils continuent, contre vents et marées à monter dans l'ascenseur social. Leurs parents sont femmes de ménages, caissières à Champion, chauffeurs routier, infirmières, aides soignantes, gendarmes, etc. Et l'ascenseur social en fait des monteurs chez Toyota, vendeuses en boulangerie, caissière à Aldy, gendarmes, soldats...
Alors messieurs des élites bien avisées, quand vous proposerez autres choses qu'une chaine de montage ou une caisse enregistreuse à des élèves qui ont accepté de jouer le jeu dans la douleur, de se convertir à Kant et à Aristote pour décrocher le Bac L avec 14 ou 15 en philosophie, messieurs des élites bien avisées, dans votre infinie sagesse, vous pourrez venir faire la leçon.

Je retourne à mes copies (encore 4 paquets pour la semaine prochaine, car on ne transforme pas un fils de femme de ménage en lecteur d'Aristote par l'opération du Saint Esprit !

c-jacomino a dit…

J'ai beaucoup de sympathie pour Luc Ferry mais, dans ce cas, j'ai peur de ne pas bien le comprendre. Il est de fait que l'école n'est pas assez attractive, qu'on ne s'y amuse pas assez, qu'on n'y est pas assez bien ensemble... Je ne vois pas qu'il y aurait contradiction entre l'idée de rendre l'école plus attractive et celle de donner le goût du travail et de l'effort aux élèves. Le moindre club de foot ou de rugby exige bien plus d'effort de la part des jeunes que ceux que l'école est aujourd'hui en mesure d'exiger des mêmes. Et pourtant ces jeunes ont le sentiment de s'amuser 100 fois plus dans leurs clubs de sport qu'à l'école...
Pour ma part, je pense qu'à l'école on a le tort de ne pas attendre assez du collectif, de l'esprit d'équipe... Sait-on assez que dans les les écoles de commerces les plus huppées et les plus exigeantes, les plus chères aussi, les profs réclament plus de travail d'équipe que dans nos facultés où la pensée de gauche domine?...
En tout cas, merci pour votre propre travail que nous suivons au jour le jour.

Anonyme a dit…

1) "La France qui souffre" n'est pas localisée, en bas etc..
Les "élites" comme vous dites souffrent aussi. A Paris on souffre aussi. Voulez-vous savoir combien de mes élèves ont des "problèmes"- si vous me permettez de ne pas entrer dans les détails- même s'ils sont fils peut-être , d'élites. Or l'échec global de notre système (absence de débouchés correspondant à leurs désirs) n'y est sans doute pas pour rien.
2) Nul ne conteste le bien fondé d'une formation poussée pour tous. Nul ne demande que vos élèves reprennnent l'ascenseur social à l'envers.
Néanmoins, noitre système est en crise, rien de ce que disent Julliard et Ferry n'est invalidé par vos arguments, et le fait que ce soient des "élites" n'y change rien... (Ferry d'ailleurs est un
autodidacte)
Rachida Dati: élite ou pas élite, d'après vous?

Anonyme a dit…

Je n'ai pas spécialement de sympathie pour Luc Ferry mais je vois bien ce qu'il veut dire.
L'école n'est pas là pour divertir. L'effort dont il parle n'a rien à voir avec l'effort du sportif, qui reste une sorte de plaisir.
Comme dit Steiner, pour avoir été forcé d'apprendre le grec ancien, il faut avoir pris des claques (il dit qu'il en a reçues pour sa part!).
Le goût des belles choses implique beaucoup de discipline, donc de souffrances.

florian a dit…

Bonsoir anonyme de 12.11
Je ne veux en aucun cas récuser les arguments de nos deux spécialistes de l'école. Il est indéniable que le système ne fonctionne pas.
Mais je conteste le fait d'en renvoyer la responsabilité aux élèves et aux profs.
Quand on tape sur l'école on me tape dessus et on tape sur mes élèves. Je n'aime pas ça.
Ca fait bien de taper sur l'école, c'est toujours efficace, c'est toujours rentable.
Qu'on la critique pour lui permettre de continuer à être l'école d'accord, mais qu'on la condamne, je ne suis pas d'accord.
Les profs font leur possible avec des bouts de ficelles pour que ça marche, les élèves font ce qu'ils peuvent voire plus, et en souffre.
Il faut avoir les moyens de ses ambitions, on ne peut pas demander le déplacement de montagnes rien que pour la beauté du geste.
Pour que le système fonctionne il ne doit pas marcher dans le vide. Les élèves doivent savoir pourquoi ils consentent à rendre des dissertations, à venir en cours et à subir la pression des examens, des concours, des dossiers, etc.
C'est le même problème pour les prépas lettres. Souffrir en étant sûr d'aller au casse-pipe, ce n'est pas un cursus, c'est du masochisme.
Pour que l'école fonctionne, il faut aussi que ce qui vient après fonctionne. C'est tout, c'est aussi simple que cela (je sais c'est banal, mais la réalité est banale).
On ne peut pas faire fonctionner l'école dans un sens et ce qui vient après dans l'autre.

Quant à madame le garde des Sceaux, le doute plane sur ses diplômes me semble-t-il. Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur des exemples d'ascension sociale. Puis, prendre l'ascenseur pour poser en Dior dans Paris Match... Je ne confonds pas réussite et inflation de l'égo. Je pense même que cette inflation est la marque du contraire de la réussite.

c-jacomino a dit…

Si pour apprendre le grec ancien, il faut des claques (ce dont je doute), eh bien peut-être faut-il renoncer à enseigner le grec ancien, non?

Lhansen-Love a dit…

Cher Florian,
Anonyme ,c'était moi, je n'avais pas bien rempli le formulaire. je ne crois pas qu'en disant ce que disent Brighelli et autres, on "attaque les profs ou les élèves".
C'est le système tout entier qui est en cause.
Je crois que nous avons tout intérêt à être lucides, à ne pas nous voiler la face.
Tous mes collègues font le même constat que moi. Les élèves ne sont pas bien armés quand ils arrivent à la fac ou en prépas.Et ce n'est pas ainsi, semble-t-il dans d'autres pays...