lundi 12 mai 2008

"L' animal que donc je suis..."


Voici les dernières lignes du dernier livre de Elizabeth de Fontenay :



"Il faut donc, avant qu'il ne soit trop tard, qu'on cesse d'opposer la pitié subjective, impuissante, particulière, au droit, objectif, universel, efficace, et il faut que la question animale redevienne une question sociale, comme elle l'était pour Michelet, pour Hugo qui, hommes de progrès, requéraient qu'on élargît la cité afin d'y accueillir aussi les bêtes. On ne répétera jamais assez que c'est au nom de la république et de la démocratie qu'ils ont défendu avec acharnement, contre la droite catholique et conservatrice, le droit de nos « frères inférieurs » à ne pas souffrir pour rien. Ils ont fait comprendre que l'enjeu d'une telle lutte relevait du politique et de la politique, car il concerne la vie des hommes. Ce que nous faisons à tous ces vivants doués de sensibilité et porteurs de mondes, il faut en effet savoir que c'est à nous-mêmes qu'en fin de compte nous le faisons. La biologie, la génétique, la théorie de l'évolution enseignent que continuité et parenté - avérées, même si elles paraissent encore à certains intolérables - échoient désormais à tous les hôtes de la terre. Les temps sont mûrs pour que le statut des animaux et, prioritairement, celui des animaux d'élevage, dits de rente, relève un jour d'un droit international afin que soit opposée une communauté des vivants à l'omnipotence humaine et à la fraternité affreuse de la contamination. Or une telle législation ne peut s'élaborer qu'à condition de réévaluer le sens de la pitié. Sans doute la guerre philosophique et politique à ce sujet n'a jamais connu de répit, mais elle entre aujourd'hui dans une phase critique. « Penser cetteguerre dans laquelle nous sommes, écrit Jacques Dérida , ce n'est pas seulement un devoir, une responsabilité, une obligation, c'est aussi une nécessité, une contrainte à laquelle, bon gré, mal gré, directement ou indirectement, personne ne saurait se soustraire. Désormais, plus que jamais, l'animal nous regarde et nous sommes nus devant lui. Et penser commence peut-être par là. » (1

E. De Fontenay Sans offenser le genre humain


1. Jacques Derrida, L 'animal que donc je suis,p. 279.

4 commentaires:

sandra a dit…

oué , j ai trouvé une conférence de E DE Fontenay à normale , je sais pas si vous l avez deja entendu !?

http://www.savoirs.ens.fr/diffusion/audio/2005_04_13_fontenay.mp3

(faut attendre unpeu avant de pouvoir écouter , le tps que ca charge , et la conf est assez longue )

très intéressant !

Lhansen-Love a dit…

merci!

florian a dit…

Un bon dossier sur le sujet dans Sciences Humaines du moi de Juin : http://www.scienceshumaines.com/les-animaux-et-nous_fr_22242.html

Lhansen-Love a dit…

merci Florian.