mardi 29 avril 2008

Mouvement lycéen, suite, réponse à Farida







Chère Farida,
(je réponds à votre mail, que vous trouverez ici)
Je suis personnellement très perplexe quant à la poursuite de votre mouvement pour des raisons de fond et de forme :
Sur le fond : Nous avons un gouvernement élu depuis peu, dans des conditions démocratiques,et ceci dans un Etat de droit. Ce gouvernement applique la politique pour laquelle il a été élu. C’est sans surprise, sans piège. La première de ses priorités, annoncée, est la réduction de la dette publique, or la réduction des dépenses publiques, en vue de cet objectif, est incontournable (cf mises en garde de Bruxelles). Premier poste budgétaire : l’éducation. Il se trouve que l’on sait par ailleurs que l’augmentation du budget de l’éducation nationale (doublé en 20 ans) ne produit pas d’effets probants. Donc, en ce qui concerne votre mouvement et vos revendications, le gouvernement ne peut pas céder. La seule issue pour vous serait de le renverser (un mai 68 qui aboutirait ?) ce qui me paraît peu probable, mais je peux me tromper.

Sur la forme : Je ne suis pas emballée par le blocus. Pas d’interventions non plus dans les classes. Faites des AG, distribuez des tracts, ouvrez des blogs. Mais excluez la contrainte! Même si UN seul élève veut travailler au lycée Buffon, il en a le droit. Je ne vois pas au nom de quoi vous pourriez lui interdire l’accès au lycée. Les élèves de seconde se fichent un peu de boucler leur année … pas ceux de première ni de terminale. Enfin si vous voulez sécher les cours, assumez ! Ne demandez pas aux profs de vous faire des anti-sèches pour compenser !
Voir ici mon point de vue sur les méthodes contraignantes ici A propos de quelques principes démocratiques

Après cela, ce n’est pas à moi de vous donner des conseils! Il y a mille et une façons de se faire entendre, sans user de contrainte ! Trouvez-vous un Cohn-Bendit et faites des happenings ! Innovez au lieu de répéter indéfiniment « x si tu savais, ta réforme où on se la met », ce qui est vulgaire et vraiment lassant ! (n ième réforme avec reprise de ce slogan peu spirituel)

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Espérons que l'avis d'un professeur impliqué dans le mouvement et hautement apte à enseigner suffise à ramener à la raison ces quelques brebis égarées.
Merci, madame.

Lhansen-Love a dit…

Est-ce ironique?
"Impliqué dans le mouvement"? pas vraiment...

Sidney Rosenberg a dit…

Note : j'ai publié ce commentaire sur mon blog, pour une meilleure lisibilité. J'espère que vous pourrez vous y référer pour le lire. Cela peut ressembler à un plagiat de votre discours, il n'en est rien - même si le plagiat n'est pas toujours péjoratif, mais passons - il s'agit d'un avis que j'ai depuis novembre (Loi Précresse) et que je tenais une bonne fois pour toute à mettre sur papier, quitte à que se soit avec votre blog.

Chère Laurence,

Je vous écris suite aux débats sur votre blog concernant les blocages de lycée.
Je ne suis pas parvenu à vous envoyer ce message par courriel n'ayant pas compris comment faire.
Toujours est-il que j'aimerai donc m'exprimer sur ce sujet si vous me le permettez, à vous et à vos lecteurs.

Je suis lycéen et je suis opposé aux réformes menées sur l'éducation nationale et sur l'ensemble du service public, étant favorable à un État où Santé, Éducation, Justice, Armée et Police soient de son domaine. Cela dit, j'adhère à l'État de droit et a ses principes.
C'est pourquoi je suis opposé au principe des blocages par certains lycéens. Que les lycéens manifestent de façon légale, je l'approuve totalement. J'ose même croire que de telles actions auraient un impact plus important que celles perpétrées illégalement. Nous sommes l'électorat de demain et notre avis, quoi que puissent en penser certains, n'est certainement pas ignoré par la classe politique (ou alors ceux-ci sont encore plus stupide que je ne l'avais imaginé). Il me semble toutefois qu'un avis s'exprimant par des voies légales et présentant des arguments au sein d'un raisonnement travaillé et sérieux aurait bien plus d'impact, par le caractère réfléchi et résolu qu'il afficherait, que de vagues contestations visuellement vides de pensées qui laisseraient alors douter sur la volonté et sur la résolution politique des lycéens engagés.
Je n'ai pourtant pas eu vent de telles actions - auprès des médias notamment, si décriés et pourtant si peu utilisés, je doute que ceux-ci refusent de publier des commentaires de lycéens si ces derniers leurs en envoyaient certains.
Il est donc nécessaire à mes yeux que les lycéens mobilisés entreprennent une action réfléchie et légale s'ils veulent espérer un impact fort. L'éventail des outils égaux à leur disposition est large. Je le sais, pour avoir tenté l'aventure pendant certains mouvements. Ne serait-ce que les associations de parents d'élèves aux médias locaux, qui apprécieraient de présenter les avis des élèves mobilisés.

Ceci dit, les blocages ne peuvent perdurer.
Je trouve scandaleux qu'on tente de forcer d'autres personnes à se mobiliser, ou à quoi que ce soit à vrai dire. Car il s'agit bien de cela. L'autorité dont ils tentent de se prévaloir en justifiant leur action par des arguments qui ne tiennent pas ne voile que partiellement un pouvoir de certains utilisés sur d'autres sans qu'il ne soit consentit - et j'entends alors par la majorité absolue. Libre à moi d'aller en manifester, mais libre à moi aussi d'aller en cours ! De quels droits quiconque pourrait prendre ces décisions à ma place ? ou alors qu'ils avouent pleinement leur totalitarisme et je défendrais mes droits.
Enfin, et c'est là que je suis le plus consterné, s'ils tiennent à sécher les cours qu'ils l'assument ! s'ils tiennent à exprimer leurs avis au sein de manifestations légales mais qui leur ferait manquer des cours, qu'ils l'assument également ! Car en vérité, tout cela traduit, il me semble, une jeunesse d'aujourd'hui qui a peur d'assumer ses actes politiques. Dans une société aux relents de totalitarisme (et je n'emploie pas ce mot à tout escient) avec par exemple l'interdiction de fumer ou les campagnes de santé trop incitatives, la jeunesse semble prompte à remettre ses responsabilités aux mains de quelque chose d'autre, d'une masse, de la «masse populaire» dans ce qui nous concerne. Car en bloquant, le lycéen espère que nul acte ne lui sera personnellement reproché, qu'il n'aura rien à assumer personnellement et qu'il pourra alors manifester «en paix» (on pourrait dire beaucoup de chose sur cette dernière notion, notamment sur la paix avec soi-même, mais passons).
Or cela me semble préoccupant. Quel avenir en effet pour un État où ses citoyens n'assument plus leurs responsabilités ? C'est, il me semble, faciliter la tâche à toute personne qui voudrait s'octroyer ces responsabilités délaissées et donc l'autorité, puisqu'il les rassurerait de fait, sans avoir toutefois à respecter tout principe démocratique. On peut même se demander si certains faits actuels, dont les exemples cités précédemment, ne seraient pas des signes précurseurs à un tel avènement.
Pis encore, si ces deux analyses étaient vraies (la peur de la jeunesse et les signes précurseurs) alors nous serions insérés au sein d'un cercle vicieux dont la sortie me semble bien opaque. J'espère de tout cœur me tromper.

Enfin, si ce mouvement ce perpétuait, je m'avouer perplexe face à l'attitude à tenir ; devrions-nous, et serait-ce légitime face à des irresponsables, de faire usage de la force pour aller en cours ? Il me semble que dans un État de droit, la police se doit d'assurer les droits de chacun. Mais en absence de celle-ci (la situation rendant sa présence trop risquée), pouvons-nous nous arroger ce droit, un droit peut-être de défense ?
Face aux échéances du bac, j'ai bien peur que les terminales choisissent bien vite, et alors les bloqueurs se devront, pour une fois, d'assumer…

Sidney Rosenberg