dimanche 4 novembre 2007

De la religion en Amérique, de Denis Lacorne




Indispensable pour tordre le coup à nos chères idées reçues (Etats-Unis = société profondément religieuse, Etat gouverné par des illuminés, pouvoir d'inspiration fondamentaliste etc..)


Les Péres fondateurs de la Constitution américaine étaient des hommes des Lumières, et des agnostiques. La culture américaine est laïque, quoique d'une manière différente de nous. La multiplicité des religions est telle qu'elle ne constitue aucunement une entrave à la liberté de pensée.


Et d'ailleurs Ferdinand Buisson alla chercher aux Etats-Unis à la fin du 19 ième siècle l'un des modèles de notre laïcité républicaine qu'il mit en oeuvre dans l'école de Jules Ferry.


3 commentaires:

Jean-Baptiste Bourgoin a dit…

C'est vraiment intéressant ! Je connais mal, très mal, la Constitution américaine. À dire vrai, mes seules "opinions" sur le sujet me viennent d'Hannah Arendt. Selon elle, si j'ai bien compris, puisque la Constitution est première, inchangée depuis plus de 200 ans, l'instance suprême n'est pas Dieu, ni les hommes, mais la loi :

«Ce la veut dire qu'en réalité le pouvoir n'est pas entre les mains du peuple, mais qu'il vient du peuple. Il s'agissait donc d'instaurer la république en tant que règne de la loi. On n'obéit pas à quelqu'un , on obéit simplement aux lois, et on participe soi-même à cette loi fondamentale.» Assistons-nous à la seconde phase de la révolution démocratique ? in Édifier un monde, Interventions 1971-1975 p.20

Et ce n'est pas la loi divine, mais bien la loi née de la fondation de la Constitution de 1787 qui est "sacrée".

Bien évidemment il ne faut pas tirer de cela un athéisme des Pères fondateurs. Les républicains américains dans la déclaration d'indépendance de 1776 pose l'existence de Dieu comme évidente, comme en témoigne cette phrase :

«We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness»

On sent ici qu'il y a une forte présence de Dieu. Mais une présence qui se retire une fois la constitution établie. Dieu nous apporte une image de l'homme qui va fonder la Constitution, Dieu permet cet accord unanime, ce consensus, mais une la Constitution n'a pas besoin de Dieu, ne se réfère pas à lui. Elle établie une loi "terrestre" qui s'applique aux croyants comme aux non-croyants.

Il y a quelque chose qui ne me plaît pas dans ce que je viens de dire. J'ai l'impression de m'être mal exprimé. Cela vient sans doute du fait que je ne me suis jamais vraiment penché sur la Constitution américaine, et sur le lien des américains avec le "religieux". Aussi, j'aimerais avoir votre avis sur ce sujet.

Plume a dit…

Avec la loi de séparation du 9 décembre 1905, "il ne s'agit pas seulement de stipuler que l'Etat ne se mêle plus de religion, comme dans une certaine lecture de la Constitution américaine, qui prévoit bien un mur (wall) entre les deux, mais uniquement afin de préserver la libre affirmation des religions, sans tenir celles-ci à distance de toute emprise sur la sphère publique. Il s'agit également, et réciproquement, d'affirmer que la religion ne doit plus régenter l'Etat, ni l'ordre civil commun. Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis, dont le président prête serment sur la Bible, et dont la monnaie stipule "In God we trust". La loi du 9 décembre 1905 (...) est à double sens : l'Etat ne s'immisce plus dans les affaires religieuses, et les religions n'ont plus à s'immiscer dans la direction de la sphère publique." Henri Péna-Ruiz, La laïcité, GF-Flammarion p 35

Lhansen-Love a dit…

Merci pour cette contribution.
Je n'ai pas encore lu le bouquin, mais j'ai vu l'auteur en parler à la TV.
Vous avez parfaitement raison en ce qui concerne le rôle de la loi, évidemment.
De plus , quand la constitution fait référence à Dieu, c'est dans l'esprit d'une religion naturelle. Ce n'est pas le Dieu de telle religion en particulier.
Il n'y a pas une très grande différence entre un agnostique comme Hume et un croyant comme LocKe ou Rousseau...(voir ce que dit Rousseau de la religion civile qu'il préconise au Livre IV du Contrat sociaL Une religion sans dogmes ni contraintes...)