samedi 17 novembre 2007

Qu'est-ce que le sarkozysme?


Le dernier numéro d'Esprit est consacré à cette question.


Voici un extrait:


Les mises en scène de la réussite. Entreprendre, entraîner, animer.
"Ce n'est pas le modèle de réussite sociale promu par le sarkozysme qui est le plus discutable, plutôt la conception de l'échec qui en découle [...]
Souvenons-nous du discours d'intronisation du candidat à la porte de Versailles: "J'ai changé parce que les épreuves de la vie mont changé [...]. J'ai connu l'échec et j'ai dû le surmonter [...]. Aujourd'hui j'ai compris que ce sont les faiblesses, les peines, les échecs qui rendent plus forts". Celui qui a réussi peut s'offrir le luxe d'une référence à Nietzsche : on entend tous les jours que « ce qui ne tue pas rend plus fort ». Mais c'est depuis un présent glorieux que l'échec du passé est reversé à la légende. Pour celui qui échoue actuellement, les voies de la rédemption sont étroites.À cela, il y a une raison de fond : comme le gagnant, le perdant du sarkozysme n'est peut-être jamais définitif, mais il est toujours légitime.
Celui qui n'a pas les moyens d'entreprendre ou d'animer fait scandale dans un univers égalitaire où les mêmes chances sont données à l'origine, que l'on vienne de Neuilly ou d'ailleurs. Le perdant par excellence, c'est le « multirécidiviste », dont il a déjà été question, le chômeur longue durée ou l'immigré qui échoue dans ses tentatives d'intégration, par exemple parce qu'il ne maîtrise pas la langue française. Ce dernier est invité à souscrire à l'alternative suivante: « La France, tu l'aimes ou tu la quittes. » Le sarkozysme, c'est, sans mauvais jeu de mots, l'oubli du tiers exclu : entre la réussite sûre de son droit et l'échec mérité, il n'y a pas de place pour la complexité des parcours et la pesanteur des structures sociales.Margaret Thatcher avait coutume de dire que « la société, ça n'existe pas », laissant entendre qu'il n'y avait rien entre les individus qui calculent et l'État qui fonde son action sur leur comportement rationnel. Le sarkozysme est l'héritier de cette occultation des corps intermédiaires dont la télévision, qui instaure un face-à-face entre le dirigeant et le peuple, est le meilleur instrument. On n'y montre que les extrêmes, les paumés, les victimes, les cassés ou ceux qui ont réussi on ne sait pas trop pourquoi, les people. Dès lors, le thème de la justice, central dans toutes les théories classiques du libéralisme, est quasiment absent des discours du nouveau président. Il y a, bien sûr, des injustices, mais elles sont pénales plus que sociales: la « victime » est l'individu à qui l'on ne peut
faire grief de ne pas avoir intégré dans son calcul le fait d'être assassiné en pleine rue.
Mais l'idée que l'on puisse échouer autrement que par erreur n'appartient pas à une rhétorique où la performance est la reine des vertus et où le calcul fait office de sagesse.[...]
Le danger de la désinstitutionnalisation des parcours est donc qu'il fait des perdants légitimes parce que responsables de leur échec. Répétons-le, Nicolas Sarkozy n'a rien inventé « par lui-même » de cet imaginaire de la performance dont la conséquence la plus négative affecte les individus à qui la société n'offre pas l'opportunité de maximiser leur profit. Tout était déjà réuni dans les figures de l'entrepreneur rationnel et de l'animateur désinvolte dont le sarkozysme produit une synthèse étonnante. Tout au plus le nouveau président incarne-t-il l'adaptation des pratiques politiques à cette conception extrêmement contraignante de la réussite.Une conception de la réussite, même habilement mise en scène, fait-elle une politique ?

Oui si l'on suggère par là que le sarkozysme nous rappelle que le pouvoir est une dimension centrale de l'action politique. Mais cette rhétorique ne doit pas être abordée exclusivement à partir de ce qu'elle valorise, il faut aussi interroger ce qu'elle occulte. Qu'ils soient favorables ou non au nouveau président, c'est une erreur de bien des analystes que d'en rester au commentaire du discours sarkozyste, de participer de cette perpétuelle saturation, sans interroger ses non-dits. Or l'impensé du sarkozysme, c'est précisément cette figure du « perdant » renvoyé à la légitimité de son échec.Pour le dire d'une formule, le sarkozysme est dénué de sens social. Cela ne signifie pas seulement qu'il est indifférent à la « question sociale » ou aux inégalités, mais qu'il est aveugle à ce qu'est l'action humaine dans un contexte social. Il y a dans l'imaginaire de la performance que nous avons décrit une forme de cynisme à l'endroit du sens de l'action, ce que Max Weber dénonçait déjà comme « un sentiment qui n'a pas la moindre affinité avec le savoir du tragique en lequel toute action est engagée, et avant tout l'action politique » .

Michael Foessel et Olivier Mongin, in Revue Esprit, Novembre 2007, "Qu'est-ce que le
sarkozysme"?
(1 Max Weber, le Savant et le politique, op. cit., p. 185.



1 commentaire:

elodie55 a dit…

Pétition pour la déstitution de nicolas sarkozy de ses fonctions de présidents de la république,
Plus nous serons nombreux à signer cette pétition et plus, avec le secours de l'Assemblée Nationale, du Sénat, du Conseil Constitutionnel et de tous les corps constitués réunis, nous pourrons, nous le peuple, ensemble, mettre un terme au gâchis :
pétition a signer sur : http://www.antisarkozysme.com