samedi 8 septembre 2007

Teeth, film de Mitchell Lichtenstein : le mythe du vagin denté


Ce mythe joue un grand rôle dans l'imaginaire collectif ; il est une des explications données pour "justifier" l'excision (clitoris= danger)

(Il explique aussi -en partie - le succès des Dents de la mer).

Voici un extrait du livre du philosophe Gilbert Lascault, article "dévoration":


"Pour certains hommes, la femme apparaît comme d'autant plus dangereuse qu'elle possède, dans leurs fantasmes, deux bouches dévoratrices, qu'elle est (comme certains monstres dessinés par Grandville) doublivore. Car le sexe féminin leur semble une castration, une blessure, une bouche. Et dans leur inconscient, la bouche avale, la blessure blesse, la castration châtre : par` contagion, par dissolution chimique, par morsure. R. Gessain a pu ainsi étudier la monstrueuse figure du vagin denté. Verlaine parle du « sexe mangeur ». Sartre d'une « bouche vorace pour avaler le pénis ». Claude Simon (la Route des Flandres) évoque, non sans amitié, le sexe carnivore « Au creux des replis cette bouche herbue, cette chose au nom de bête, de terme d'histoire naturelle - moule poulpe pulpe vulve - faisant penser à ces organismes marins et carnivores aveugles, mais pourvus de lèvres, de cils. » A cette bouche cruelle et tendre, étrange et familière, on opposera la vision plus féroce du garde-chasse de Lady Chatterley : « Les vieilles drôlesses ont 'des becs entre les jambes et vous déchirent avec. » W. Lederer cite un certain nombre de mythes liés au vagin denté. Avec une ficelle, des tenailles, une pierre, une barre de fer; le héros joue le rôle de dentiste vaginal. On nous narre des contes sanglants, de lugubres histoires : « Il y avait une fois la fille d'un démon qui avait la vulve hérissée de dents. Lorsqu'elle apercevait un homme, elle se transformait en jolie jeune fille; elle le séduisait, lui coupait son pénis qu'elle mangeait alors,' et donnait à dévorer le reste de son corps à ses tigres. » Les Mythologies de Claude Lévi-Strauss reprennent plusieurs mythes du vagin denté. Dans un mythe kalapalo, il note la transformation de femme sans vagin à femme à dents de piranhas, qui lui permettent de manger les poissons crus. Parfois (par exemple dans un mythe crow), vagin denté, cannibalisme, férocité vont ensemble. Parfois, au contraire, les femmes au vagin denté (d'un mythe wawai) sont des bienveillantes et elles déconseillent à des dioscures qui les ont pêchées de coucher avec elles.Dans certains cas cliniques, les dents qui pourraient apparaître dans un sexe de femme ont paradoxalement une fonction rassurante. Elles éviteraient, par leur barrière, à l'homme de s'engloutir entièrement en lui. Elles structureraient ce qu'il vit comme un informe redoutable. Permettant une meilleure analogie entre le haut et le bas, elles transformeraient le sexe en un organe de parole, de communication ; il cesserait d'être le lieu d'une jouissance où le sujet redoute de s'annihiler. « Ce trou, le sexe féminin, (dit un malade, cité par Gessain) c'est une bouche sans dents... Ça n'a rien, c'est bête, désagréable à la vue. S'il y avait des dents et une langue, ce serait moins passif, moins trou ; ça pourrait remuer, se manifester ; s'il y avait une langue et des dents, il y aurait des possibilités d'échanges. »Le fantasme du vagin dangereux n'est pas seulement masculin. Il existe aussi chez les femmes, homosexuelles ou non. Priée par son médecin de retirer un anneau anticonceptionnel, une patiente introduit le doigt dans son vagin (pour la première fois, selon ses, souvenirs conscients) ; elle s'évanouit presque en sentant. « quelque chose qui lui mord le doigta». Une autre femme rêve qu'elle glisse la main dans' son sexe et qu'un de ses doigts lui est arraché par morsure. Une autre encore, à qui son amie demandait de lui introduire ses doigts dans le sexe, ne peut le faire « J'étais sûre que mes doigts allaient rester pris en elle ; et qu'il faudrait recourir à un chirurgien pour nous séparer. »On imagine donc un cannibalisme de femmes. Et les petits mâles redoutent de devenir leur nourriture. Parmi les gravures de Théodore de Bry (XVIe siècle) qui figurentdes cannibales, certaines montrent des femmes partageant entrailles et membres humains entre elles et avec leurs enfants. En une communion sanglante".
Gilbert Lascault Figurées défigurées. Petit vocabulaire de la féminité représentée. Article "dévoration"

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