dimanche 30 septembre 2007

Conseils à tous ceux qui souhaitent devenir journalistes

Vous êtes nombreux à exprimer le désir de devenir journaliste.
Les écoles de journalistes sont difficiles, très sélectives: je ne vous apprends rien!
Il y aura des entretiens pour évaluer vos motivations et vos aptitudes.
Dès maintenant, il fait que vous manifestiez un authentique désir de faire ce métier. Ce qui implique une curiosité et un investissement d'ordre journalistique sans plus attendre.
Cela signifie:
Lire les jounaux et archiver dans le domaine de votre choix
Chercher des stages pendant vos vacances
Avoir des initiatives : écrire dans un journal, créer un blog , participer à de websites ou autres.

Si vous ne faites rien de tout cela, vous ne pourrez pas démontrer votre motivation autre que négative (pour ne pas être prof ?!).
Voyez le parcours de Clémentine Gallot, qui a commencé une activité de jounaliste dès la terminale (critique de cinéma sur le Net) puis qui n'a cessé d'enchaîner les stages.

Orientation: réunion au lycée Jules Ferry le 12 octobre

Nous réunissons les anciens et les nouveaux élèves du Lycée Jules Ferry

L'un des buts de la renontre entre "anciens" et "nouveaux" est de trouver les parcours académiques ou atypiques des étudiants plus anciens. La Réunion aura lieu le 12 octobre.

A priori la réunion est plutôt pour les khâgneux puisque les concours des écoles de commerce, FEMIS, CELSA ou autres, se passent à BAC + 2. mais si certains HK ont envie de venir, ce ne peut être qu'éclairant à défaut d'édifiant.
Compte tenu des obligations de chacun, la date du 12 octobre a été choisie pour notre petite réunion d'anciens et de nouveaux.
Le lycée sera prévenu.
Sans doute le réfectoire sera-t-il ouvert dès 16 heures 30 et il y aura d'ores et déjà des professeurs et des étudiants qui bavarderont ensemble.
Cependant l'heure du début de la réunion a été placée à 17 heures 30 (Madame Bethery et moi-même nous avons cours jusqu'à 17 heures 30).Le lycée ferme à 19 heures. Peut-être obtiendrons-nous de pouvoir rester jusqu'à 19 heures 30.
La réunion se déroulera ainsi:
Chaque ancien se présentera: prénom, nom, année(s) de son hypokhâgne et de sa khâgne, parcours universitaire et / ou professionnel. Commentaire personnel sur ce parcours: que vous a-t-il apporté? Quelles ont été les moments forts et décisifs dans votre cursus étudiant? Que souhaitez-vous transmettre aux "petits jeunes" ? Dans ce parcours quelle place tient la khâgne ?
Madame Henry, proviseure du lycée, nous rejoindra et nous lui laisserons alors la parole. Elle remerciera et félicitera tous les anciens que vous êtes pour ces beaux parcours et ces beaux résultats, en particulier ceux de juin dernier.
Sans doute continuerons-nous ensuite cette présentation d'anciens. Si vous évoquez des parcours ou des écoles qui ont un sigle, dites-en bien le nom complet, tout le monde ne connaît pas.
Après quoi nous, partagerons une légère collation. Le lycée fournira les boissons mais si chacun veut bien apporter une boîte de gâteaux secs ou un cake maison ce goûter sera bienvenu ! [ ne vous lancez pas dans des préparations sophistiquées, pour des raisons évidentes de simplicité nous éviterons ce qui nécessite une assiette ou des couverts]
Pendant cette collation, les "petits jeunes" -- en majorité des khâgnes, peut-être quelques hypokhâgnes -- pourront poser des questions aux "plus anciens": c'est bien pourquoi vos parcours les intéressent; ils iront volontiers vers ceux d'entre vous dont ils ont envie d'imiter la démarche.Tous les mails que j'ai reçus sont chaleureux et passionnants. Si vous nous autorisez à le faire, nous ferons avec vos mails une anthologie pour le site du lycée et, surtout, une sorte de "press-book" que les nouveaux pourront consulter. Ils y trouveront alors les références de vos adresses e-mails pour vous poser, si besoin, des questions plus précises.
Et, bien entendu, nous autres, professeurs aurons un plaisir immense à renouer avec vous le fil d'une conversation qui ne s'est jamais totalement cassé !
à très bientôt !
S. Nourry-Namur

Les meilleurs cancres font les meilleurs professeurs


C'et normal, parce qu'ils ont de la sympathie pour leurs élèves...en particulier pour les cancres.
La recette de D. Pennac dans le JDD:une dictée tous les matins.
Courte.
Celle-ci par exemple:


"Le loup et l'agneau partageront la même couche mais l'agneau ne dormira pas beaucoup" (Woody Allen)

samedi 29 septembre 2007

A propos d'orientation

Le mail ci dessous, sur la réforme des classes prépas, répond-il à vos questions?
Nous, professeurs de classes prépas, n'avons reçu aucune information sur les débouchés (hors enseignement) notamment concernant les écoles privées. Nous en savons autant -pas plus- que les parents d'élèves. Nous pouvons vous renseigner sur les cursus liés à chacune de nos disciplines, ou bien sur les formations que nous connaissons, en fonction du hasard de nos parcours.
'Vous pouvez me poser des questions par exemple sur les oraux des écoles de commerce (préparation à l'oral) parce que j'ai enseigné dans les prépas HEC, aussi sur IEP, parce que j'ai enseigné à IEP. Aussi sur Saint-Cyr.
Mais ensuite je ne sais pas tout non plus. Idem pour mes collègues. Nous ne sommes pas conseillers d'orientation, et je crois que les conseillers d'orentation ont eux aussi du mal à s'y retrouver.
En revanche, si vous avez une idée de ce que vous voulez faire, je peux vous mettre en relation avec des anciens élèves qui peuvent peut-être vous aider .
(Comme Clémentine Gallot par exemple qui a fait une licence de Lettres à Censier puis a obtenu une bourse pour New York University voir son blog et son parcours. Ou Emilie De Cooker qui a fait une maîtrise de philo et prépare le concours de CPE, ou Isabelle M. qui a fait une maîtrise de philo et qui fait maintenant un master de Sciences-politiques, ou encore une autre qui fait un DEA " philo et nouveaux médias " à la Sorbonne etc...). Un certain nombre d'entre elles viendront, je l'espère à la réunion du 12 octobre au lycée Jules Ferry)

"Tout homme est virtuellement un ennemi de la civilisation"




Pour s'en assurer lire un article de Susan Sontag,qui date de 1974 , mais qui est aujourd'hui accessible en ligne.
Ce texte explique la fascination qu'exerce le fascisme en s'appuyant sur l'oeuvre de Leni Riefenstahl, depuis ses fameux documentaires constituant l'apologie de l'idéologie nazie, jusqu' au "Dernier des Nubas".


Cette fascination permanente s'expliquerait par un certain rapport esthétique à la politique, et par la haine de la civilisation que ce type d'esthétique recouvre. La mode et même la généralisation de certaines pratiques sexuelles aujourd'hui confime et prolonge cette aversion continue de tout un chacun à l'égard de la civilisation (la formule est de Freud), c'est-à-dire, pour faire vite, le rejet de l' "âpreté" de la pensée (Cioran).
Ce que Sade avait fantasmé, les nazis l'ont concrétisé et mis à la portée de tous aujourd'hui, sous la forme de pratiques sexuelles ludiques.
(Sur l'ambiguïté de la fascination sur le sport et l'esthétique sportive, voir le dernier film de Claude Miller, et le personnage du père incarné par Patrick Bruel , en contre-emploi...)


Lire l'article

vendredi 28 septembre 2007

La réforme des classes préparatoires, leurs débouchés

Voici le compte rendu d'une réunion à laquelle j'ai assistée en avril dernier, et qui répond à vos inquiétudes concernant les débouchés de ces classes:


La réforme des classes préparatoires littéraires.
( Compte rendu de la réunion d'information à l'ENS de ULM le 26 avril 2007) En présence de M. Ferret (Inspecteur Général) et m. Boissot (Inspecteur de physique ayant coordonné la réforme)
Désormais , les classes préparatoires littéraires deviennent "non déterminantes ". D'autre part, elles auront pour vocation de donner accès non seulement aux trois ENS (ULM, LYON, CACHAN) mais aussi aux écoles de commerce (ECTS), à Sciences-PO, Saint Cyr, Ecole des Chartes. Et, bien sûr, aux LMD.
Une banque d'épreuves communes sera donc proposée pour tous les candidats .
Quatre décrets seront publiés ces jours-ci au B.O. sur 1) Les objectifs des classes préparatoires et la raisons de cette réforme2) La création de cette banque d'épreuves3) Les nouvelles grilles horaires4) Les procédés d'intégration aux ECTS (120 places en L1 et L2) et en ECTS (60 places en L3 (Nota bene : L 1 : une année de licence L2 : deux années etc.. LMD : Licence-Master-Doctorat)
La plus grande modification touchant les HK (hypokhâgne) concerne l'introduction des langues anciennes obligatoires (mais avec un cursus pour débutants) ainsi que la seconde langue vivante (LVB).
1) Objectif de la réforme
Permettre à tous les élèves de classes prépas d'intégrer ULM et LYON ou CACHAN mais aussi les écoles de management (700 places vacantes !), journalisme , CELSA, écoles de traduction etc.. et aussi d'obtenir (quasi automatiquement) leur intégration dans le parcours LMD. Tout étudiant qui "cube" (redouble la khâgne) sera inscrit en L3. Ainsi aucun élève ne se demandera plus quoi faire en cas d'échec aux concours. Désormais les classes préparatoires sont le parcours d'excellence qui permet à tous d'obtenir un diplôme. C'est le but en tout cas ! De plus les étudiants et les parents doivent savoir que les écoles de commerce et les écoles de management, qui manquent d'étudiants sont étroitement associés à cette réforme.
2) Nouvelles épreuves
a)Communes à tous : Une épreuve de " Langue et culture de l'antiquité " pour tous (programme renouvelé tous les deux ans)Une épreuve de LVB pour tous.Les épreuves de dissertation dureront désormais 6 heures et non plus 5 heures
(Contenus : Langues et cultures anciennes : Programme de 2008 : Mythes et littératures antiques)
b) Spécialité ULM, langues anciennes : traduction+ commentaire
3) HorairesTrois heures pour les langues anciennes (une heure de culture antique, deux heures de langue, soit débutants, soit confirmés)Deux heures pour LVB Nouveaux programmes : En histoire : En alternance (une année sur deux) pour les khâgnes, histoire de France et histoire mondiale. L'autre partie (France ou International) étant au programme d'oral.
En philosophie : Programme de HK portant sur 5 thèmes ; Métaphysique, Sciences, Morale, Politique et droit, Art et technique. Idem en khâgne (suppression du thème de Lyon).HK : Il faudra aussi étudier deux œuvres, une antique une moderne, selon le choix du professeur.En khâgne, les cinq domaines seront abordés par tous les khâgneux . Les optionnaires auront un programme spécifique en plus pour l'oral.
A la fin du premier trimestre de HK, les étudiants qui choisiront soit les options langues anciennes soit les options artistiques pourront renoncer aux langues vivantes deux.Les options IEP seront maintenues (mais allégées notamment en ce qui concerne les LVB) dans les lycées qui en disposent. Elles seront utilisées pour appuyer ce dispositif (par exemple pour les programmes d'histoire ?)/Toutes les prépas I.E.P. de province appuient cette réforme et leurs représentants affirment que ces contenus suffiront pour leurs propres concours.
CONCLUSION
Le grand changement concerne les langues anciennes (pas de panique, il y a un cursus débutant) et la philo aussi : plus de thème pour ULM en khâgne. IL y aura une meilleure articulation HK/KJe n'ai pas assisté au topo sur les langues, je ne peux rien en dire, j'en saurais plus lundi. Cette réforme a pour objectif de revaloriser les sections littéraires, et l'on espère un effet rétroactif sur l'enseignement littéraire au lycée. Une réforme complémentaire et cohérente est attendue en ce sens.
ANNEXE : LES CHIFFRES
EN 2007 : 6796 étudiants ont été admis en HK. 4444 en Khâgne, dont 25 % de doublants donc seulememt 3333. Les admis aux concours ENS :ULM : 38LSH : 74 (Lyon)BL 20 ; Avec les IEP et écoles de commerce : 250 étudiants en tout. Un élève de classe prépa coûte 13560 Euros par an. (1, 1 milliards d'Euros). IL y a 132 HK et 826 profs. On espère donc par cette réforme obtenir une meilleure lisibilité des parcours, une insertion de tous en LMD, une clarification des objectifs, une meilleure visibilité des débouchés.
POST SCRIPTUM : Veuillez excuser les approximations ou les erreurs. Ceci n'est pas exhaustif et ne vous donne qu'un aperçu en attendant la publication des textes ces jours-ci.

La Maire de l'essentiel


C'est le slogan pour la campagne de F. de Panafieu pour la mairie de Paris 2008!

Etrange, non, quand on sait le rôle que jouent les m...... inessentielles sur les trottoirs de Paris -pardon pour la vulgarité, mais à qui la faute ?

(ce n'est plus la "bêtise de l'intelligence"mais la bêtise de la bêtise. L'équipe Delanoë doit bien rigoler)

Les canons de la beauté

Vu hier soir à Envoyé spécial un reportage sur les mauritaniens qui gavent leurs femmes pour qu'elles soient belles ( = grosses).
Le même mot mauritanien veut dire "beau, grosse " et "de grande lignée, bien né" . Le mot "maigre" signifiant: "laid, misérable, de basse extraction..."
Au moment où Toscani fait son atroce campagne contre la maigreur, n'est-ce pas paradoxal?

Pour un peu, on donnerait raison à Voltaire qui dit "le beau pour le crapaud c'est sa crapaude". (Autant de cultures, autant de goûts)
Et pourtant , Kant dit : "le beau plaît universellement sans concept"....

Savoir s'étonner


Les philosophes sont de vieux enfants: ils savent s'étonner.
C'est pourquoi ils voient partout des paradoxes là où tout le monde pense que tout va de soi.
Mais alors: tous les hommes ne sont pas philosophes?
En un sens, tous les hommes sont philosophes : nous sommes tous un peu des enfants (nous nous posons des questions qui n'ont pas de réponse).
Mais enfin tout le monde n'aime pas les paradoxes.
Et tout le monde n'a pas envie d'être prof de philo. Certains préfèrent bien gagner leur vie dans un métier sans paradoxe (voir ci -dessous le débat sur les classes prépas)

Paradoxe: la bêtise est un perversion de l'intelligence

Oui, en fait, c'est évident , si on y réfléchit.

Par exemple les sophistes: très intelligents, donc bêtes (suffisants, pontifiants, péremptoires). Voir Hippias par exemple.

Voir aussi du côté de H. Arendt (Eichmann à Jérusalem ou de Jonathan Little (Les bienveillantes). Le nazisme ne s'explique pas par l'absence d'intelligence (il faut être relativement "intelligent" pour organiser l'extermination d'un peuple), mais par l'absence de penser (refus de juger, de penser par soi-même) ce qui est bien différent.
Lire Libé, Bêtise de l'intelligence et sur mon blog

jeudi 27 septembre 2007

L'école en panne de transmission: dialogue Bayrou-Finkielkraut


A lire sur Marianne (notamment pour votre exposé sur la Querelle de l'école)

Je vous recommande deux passages:

"La mise en ligne du monde est la promesse d'une abolition des distances, d'un aplanissement des obstacles, d'un accès immédiat de tous à tout. Le monde des technologies est plat. Le monde de la culture, en revanche, est escarpé et sa promesse est celle d'un accès escarpé, lent , doulouraue parfois, à l'intelligence et à la beauté du monde.."

Et aussi:

"La culture est l'imposition d'une forme"...

(A rapprocher de mon premier cours "Les formes sont les divinités tutélaires des institutions humaines...")

Souvenirs heureux du Matin de Paris


"La plus belle période de ma vie" dit Hervé Chabalier ce soir dans le Monde.

Pour un certain nombre d'entre nous, je crois...

Bonjour à tous: Richard Cannavo, Jacqueline de Linarès,Hervé Algalarondo, Marlène Amar, Richard Cannavo, Catherine Clément,Marianne Crahay, Jean-Marie de Morant, Jean Darriulat, Nicolas Domenach, Jean-François Doumic, Jean-Paul Kaufman, Jean Darriulat, Jean-Gabriel Fredet, Brigitte Kantor, Vincent Lalu, Henri Lauret, Jean-Louis Mingalon...

mercredi 26 septembre 2007

Les philosophes ne sont que de vieux enfants


D'une certaine manière. Parce qu'ils posent des questions auxquelles nul ne sait répondre:

"Et le philosophe, en effet, a quelque chose de l'enfant. Il pose des questions que l'on peut très bien considérer comme sottes, ou comme, en tout cas, inutiles. Et il sait bien, le philosophe, que si on ne répond pas à ses questions, ce n'est pas seulement parce que les gens sérieux ont vraiment autre chose à faire, ont autre chose à faire que de se demander ce que c'est que l'être, ou si la matière existe en soi ; ils ont à faire de la physique, de la politique et mille choses de ce genre. Le philosophe sait fort bien que, si on ne répond pas à ses questions, c'est aussi parce qu'on ne sait pas y répondre. Ainsi, sa question demeure, et n'est pas comprise, elle demeure posée et irrésolue".

Ferdinand Alquié Qu'est-ce que comprendre un philosophe? pp 48-49

Les philosophes ne sont que de vieux enfants


C'est l'avis du jeune Calliclès (1 , dans le Gorgias, de Platon.



CALLICLÈS

"Il est beau d'étudier la philosophie dans la mesure où elle sert à l'instruction et il n'y a pas de honte pour un jeune garçon à philosopher ; mais, lorsqu'on continue à philosopher dans un âge avancé, la chose devient ridicule, Socrate, et, pour ma part, j'éprouve à l'égard de ceux qui cultivent la philosophie un sentiment très voisin de celui que m'inspirent les gens qui balbutient et font les enfants. Quand je vois un petit enfant, à qui cela convient encore, balbutier et jouer, cela m'amuse et me paraît charmant, digne d'un homme libre et séant à cet âge, tandis que, si j'entends un bambin causer avec netteté, cela me paraît choquant, me blesse l'oreillero et j'y vois quelque chose de servile. Mais si c'est un homme fait (2 qu'on entend ainsi balbutier et qu'on voit jouer, cela semble ridicule, indigne d'un homme, et mérite le fouet.C'est juste le même sentiment que j'éprouve à l'égard de ceux qui s'adonnent à la philosophie. J'aime la philosophie chez un adolescent, cela me1 5 paraît séant et dénote à mes yeux un homme libre. Celui qui la néglige me paraît au contraire avoir une âme basse, qui ne se croira jamais capable d'une action belle et généreuse. Mais quand je vois un homme déjà vieux qui philosophe encore et ne renonce pas à cette étude, je tiens, Socrate, qu'il mérite le fouet. Comme je le disais tout à l'heure, un tel homme, si parfaitement doué qu'il soit, se condamne à n'être plus un homme, en fuyant le coeur de la cité et les assemblées où, comme dit le poète, les hommes se distinguent, et passant toute sa vie dans la retraite à chuchoter dans un coin avec trois ou quatre jeunes garçons, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours libre, grand et généreux".

Platon, Gorgias (vers 387 av. J.-C.), traduction d'E. Chambry, Éd. Carnier, 1960, 484c-485e.


1. Jeune interlocuteur imaginaire de Socrate : sous les traits de ce personnage intelligent et cynique, Platon dresse probablement le portrait composite de plusieurs proches de Socrate.
2. C'est-à-dire un adulte

mardi 25 septembre 2007

Grenelle de l'environnement


Ecologistes. Les nouveaux partenaires. Le Monde


"Les lobbies vont monter au créneau pour dissuader le gouvernement de prendre des mesures trop ambitieuses"

"Le plus dur ne fit que commencer" Laurence Caramel

En finir avec la peine de mort, par Romano Prodi


Voilà encore une idée nécessaire et salutaire, mais qui passe peut-être par la constitution d'une démocratie-globale-durable-planétaire.
Ce n'est pas pour demain, mais ce genre d'initiatives font justement avancer les choses.
C'est dans Libé.

Hommage à André Gorz


Il faut absolument lire les articles sur lui et sur son oeuvre. Notamment tout ce qui a trait à l'économie de l'immatériel

Les classes préparatoires en accusation


Encore!

C'est dans 20 minutes
(on essaye nous aussi d'établir un partenariat avec des lycées de Seine -Saint Denis, au lycée Jules Ferry)

La planète est-elle dans l'impasse?


Débat hier soir à l'émission de Taddei , Ce soir ou jamais.

Pas du tout disent certains; la preuve: on a beaucoup exagéré les effets nocifs du DTT, ou des nitrates..

En revanche, il y avait Alain Caillé, qui a cité JP Dupuy ("Pour un catastrophisme éclairé") et qui a dit ceci: De même que nous avons inventé le développement durable, il faut maintenant mettre en place la démocratie durable.
Durable, parce globale, cad planétaire.

Evidemment , il y a du boulot! Mais il a raison de le dire: c'est cela ou ... rien. Ou la cata.

Il n'y a pas d'homosexuels en Iran






Du moins selon Ahmadinejab



Comment le démontrer?
Notez que le philosophe Russell a expliqué qu'il n'est pas possible d 'établir empiriquement (par l'observation) une proposition commençant par "tout" ni une proposition commençant par "aucun".
Exemple : "Tous les hommes sont mortels" ( tous??? )
"Tous les habitants de ce village s'appellent William" (les ai-je tous rencontrés?)
ou encore:
"Aucun corbeau n'est blanc"
"Aucun chien ne miaule "
"Aucun chat n'aboie"
Allez le prouver...
Autre exemples:
"Tous les grecs étaient homosexuels"
"Tous les irlandais sont roux" etc...
Conclusion: M. Amadinejab est-il bien sûr de ce qu'il avance ?

Lettre ouverte aux ségolènophobes


"Chers ségolènophobes..."

A lire sur le blog de Jacqueline Remy, que je vous recommande!

J'ai essayé de créer un lien, mais, bon, je n'y arrive pas..

lundi 24 septembre 2007

"L'avenir est entre nos mains"


Selon le "saint patron de la politique américaine" à savoir N. Sarkozy, aujourd'hui à l'ONU Libé

dimanche 23 septembre 2007

"La France en faillite" ?


Nous avons des ministres qui emploient des mots interdits (comme "faillite", ou "guerre").

Autant dire que le temps de la langue de bois semble révolue (enfin c'est un début).

Faut-il s'en plaindre?

Est-ce délibéré, ou s' agit-il de gaffes?

samedi 22 septembre 2007

Les médias ont-ils tué la politique?

Sujet très à la mode, décidément, avec la parution du livre de Regis Debray, L'Obscénité démocratique.
C'était sur France 2 hier soir, émission de Guillaume Durand.

Voir sur ce blog : La télévision contre la démocratie, excellent exposé de mes élèves l'an passé.
Entre parenthèses : typiquement un question IEP puisque cette école prépare conjointement aux médias et à la politique.

Guillaume Durand a cité Bourdieu: " Le système de formation des journalistes aujourd'hui est tel qu'il ne met plus en place que des équipes totalement serviles"

Ensuite, il a été question du livre de Jospin (évidemment) et du grand grief , de l'amertume de Jospin: Ségolène Royal a été choisie par les médias... car elle est plus charismatique que lui.

En effet....

Tout ceci incline à réfléchir sur les avantages et les inconvénients de la nouvelle démocratie, directe et participative (comme celle qui a prononcé la mort de Socrate)

Même question en ce qui concerne Sarkozy. Excellente com (qui le niera ?) mais pour quelle politique? La multiplication des nominations de ministres pour des raisons d'image ne pose-t-elle pas pb?

Votre avis? (puique nous sommes dans une démocratie d'opinion...)

Eloge du Tour de France


Par Alain Finkielkraut ce matin : Le tour de France face au dopage.
Pour mes élèves qui préparent un exposé sur le "culte de la performance sportive)

vendredi 21 septembre 2007

Pour une politique d'immigration de gauche


Vous avez lu le papier de Manuel Valls?
Ne pas se laisser enfermer dans les "discours dogmatiques et compassionnels" dit-il...
C'est assez décoiffant , en fait, ce texte!

jeudi 20 septembre 2007

"Penser c'est dire non" (Alain)

On peut lire "Le plaisir de dire non" par Hans Magnus Enzenberg dans le Nouvel Obs (26 septembre 2007 ) , et aussi
Le perdant radical du même auteur.

mercredi 19 septembre 2007

L'érotisme


Lu ce matin dans Libé

" L'érotisme, c'est l'approbation de la vie jusque dans la mort" écrivait George Bataille. Personne ne sait vraiment ce qu'il voulait dire par là et cependant tout le monde peu ou prou sait intimement qu'il avait raison."


Lectures conseillées :

Métaphysique de l'amour et de la mort, Schopenhauer

L'érotisme, George Bataille

Métapsychologie, Freud

Soudain un bloc d'abîme. Sade , Annie Lebrun

Y a-t-il un temps de l'action?


Sujet de philosophie donné en terminale par un de mes collègues.

Temps de l'action?

Le temps des réformes? Très vite?

Pourquoi?

Qu'en pensez-vous (du sujet de philo, bien sûr?)

Les classiques Hatier de la philosophie sont disponibles


Sous leur nouvelle forme. Voyez le nouveau blog Hatier-Philo

mardi 18 septembre 2007

Régimes spéciaux de retraite


Mieux vaut ne pas programmer de voyages en SNCF dans le semaines à venir : La CGT appelle à une grève nationale (le Monde)

Il faut arrêter de manger de la viande


Et aussi du poisson... rue 89

Uniquement des légumes du jardin

Culture et méthode : la dissertation

L'épreuve d'ordre général ( Sciences-po Paris)

(pour la méthode de la dissertation de terminle voir mon blog de webpédagogie)


Cette épreuve ne comporte pas de programme déterminé. Elle sollicite les savoirs et les instruments intellectuels normalement acquis au terme d'une scolarité secondaire réussie, quel qu'en soit le champ (philosophique, littéraire, historique, scientifique), et s'appuie plus particulièrement sur le: programmes de français de Première et de philosophie de Terminale Les deux types d'exercice proposés au choix du candidat, composition ou commentaire, répondent selon leurs modalités propres (1), aux mêmes exigences. Il s'agit toujours, pour le candidat, dE s'interroger sur un problème, d'élaborer une analyse rigoureuse, une argumentation cohérente, qui puissent le mener à une conclusion fondée, expression de son libre jugement. Ce travail de réflexion s'articule en outre, dans le commentaire, avec l'explication de texte dont il est nécessaire de dégage l'orientation, la thèse, les arguments. Les sujets retenus invitent le candidat à étudier, dans la réalité d( monde contemporain, une question fondamentale.L'épreuve d'ordre général requiert ainsi du candidat une culture solide et maîtrisée ; elle permet d'apprécier, outre ses capacités d'expression, ses qualités de compréhension, de réflexion et de jugement.Il va de soi que le candidat doit écrire correctement, respecter les règles d'orthographe et de syntaxe utiliser judicieusement les ressources de la langue (précision et richesse du vocabulaire, nuances de la ponctuation, etc..). Pour autant, il ne doit pas se livrer à un pur exercice de style mais se donner simplement, les moyens de penser et, par là, manifester sa culture et affirmer sa liberté de jugement. L'épreuve fait appel, en effet, à toute la culture du candidat. Si elle n'a pas de programme déterminé e si elle ne constitue pas, au sens strict du terme, un contrôle de connaissances, elle n'en exige pas moins réellement des savoirs substantiels et des instruments intellectuels maîtrisés ; on appréciera gins l'usage rigoureux des concepts, le souci de démonstration, la pertinence des références et de exemples, lesquels ne sauraient se réduire à de simples allusions, ni valoir, à eux seuls, comme arguments. Ni exercice d'érudition ni exposé d'informations, l'épreuve exige du candidat qu'il nourrisse de toute sa culture - c'est-à-dire des connaissances qu'il s'est appropriées et dont il maîtrise l'unité e les distinctions - son effort pour s'interroger, réfléchir et juger. De manière indissociable, enfin, le candidat doit montrer des qualités de jugement. Ceci à un triple égard. Il lui faut d'abord discerner l'essentiel du sujet, construire ou élucider le problème, y ordonne l'ensemble de sa réflexion. Il doit aussi, constamment et sans confusion, passer du concret à l'abstrait et réciproquement, reconnaître dans la réalité historique ou contemporaine les distinctions conceptuelles qui permettent de la comprendre, illustrer analyses et argumentation d'exemple pertinents ; est ici à l'oeuvre l'activité médiatrice propre à la faculté de juger. Enfin, dans la conclusioi certes, mais aussi dans la manière d'aborder le sujet et de mener sa réflexion, le candidat doit affirme sa liberté de jugement : une liberté informée et instruite, consciente de ses raisons, capable don d'exprimer, non pas une simple opinion, mais un véritable jugement.

(1) : Le plan de la dissertation, qu'il soit en deux ou trois parties, doit avant tout être cohérent et répondre à un souci de démonstration rigoureuse et claire. Le commentaire de texte, s'il offre au candidat une plus grande souplesse d'organisation, doit également traduire ses qualités de clarté et de rigueur.

lundi 17 septembre 2007

La question politique

A propos de "La question humaine"

Ce film martèle une thèse, énoncée notamment dans sa conclusion (dernières minutes - je suis (stoïquement) restée jusqu'au bout !).
La thèse : il y aurait une correspondance, voire une équivalence entre le gazage des juifs par les nazis et le traitement actuel des " ressources humaines " par une multinationale. Cette équivalence est " démontrée" de manière limpide par le biais du langage : le langage codé des nazis est en effet apparenté au discours de l'entreprise aujourd'hui, discours morbide traduisant l'objectif de substituer l'opératoire à l'humain (" unités " pour individus, dégraissage, restructuration, nettoyage etc...etc...), d'éliminer la " question " pour lui y substituer la " technique ". Les deux directeurs de l'entreprise sont d'ailleurs d'anciens nazis ou fils de nazis convertis au libéralisme.
Plus généralement, il s'agit d'établir l'inhumanité radicale de notre société qui, à l'image de ses entreprises, broie ses " ressources humaines " à des fins de compétitivité. Bref, de suggérer que le nazisme ne fut qu'une forme accentuée et décomplexée du libéralisme, toujours à l'œuvre dans le monde actuel, comme chacun peut aisément le constater.
(Je ne me prononcerai pas sur les qualités esthétiques ( ?) du film, je ne mets pas en cause le talent des auteurs (j'avais d'ailleurs beaucoup aimé La blessure), ce n'est pas mon pb).
Mais la thèse qu'il soutient - à la limite de la propagande - me paraît relever du degré zéro de la conscience politique. Il est surprenant, en 2007, de continuer d'ignorer les analyses des juristes, des historiens, des philosophes à propos du totalitarisme. Le " crime contre l'humanité" (la shoah) est un phénomène monstrueux, voire incompréhensible. Rien d'utilitariste dans l'idéologie totalitaire ! (voir ci- dessous un fragment d'un article que j'ai rédigé en 1994 pour Encyclopaedia universalis, en 1994, avec sa bibliographie).
On ne peut pas expliquer la volonté de supprimer un peuple entier (= génocide) par la logique " libérale ", la logique des sociétés capitalistes, autrement dit la rationalité " utilitariste ". L'entreprise, par définition, recherche le profit, elle est dominée par la cupidité, la recherche égoïste, cruelle, voire impitoyable (cf " Dallas, ton univers impitoyable " ..) de l'intérêt de l'entrepreneur ou des actionnaires aujourd'hui. Les délocalisations, les restructurations etc... c'est épouvantable, évidemment ! Mais cela n'a strictement rien à voir avec les génocides programmés par les systèmes totalitaires. Le camp, comme l'a montré Hannah Arendt, est la clef de voûte du système totalitaire. Les nazis n'avaient aucun profit à éliminer les juifs, les malades mentaux, les homosexuels etc.. ! Et quelle recherche de profit y a-t-il derrière, par exemple, le massacre de Srebrenica de 1995 (voir le livre de Florence Hartmann qui vient de sortir à ce propos ("Paix et châtiments. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale", Flammarion), concernant nos responsabilités) ou le génocide du Rwanda de 1994? La déportation de un million et demi de paysans ( koulaks) dans les années 30 en URSS ? Le génocide cambodgien (1, 7 millions de morts entre 1975 et 1979) ? La mort de 15 millions de personnes -au moins- en Chine à la suite de la collectivisation forcée sous Mao entre 1958 et 1962?
Le libéralisme repose sur la séparation des sphéres (économiques, politiques, religieuses) tandis que le totalitarisme repose sur leur confusion, sur la planification, sur la volonté de promouvoir autoritairement le destin " radieux " de l'humanité (Zinoviev : " L'avenir radieux de l'humanité "...). Je ne crois que l'on rende un grand service au spectateur en confondant délibérément toutes les violences, en assimilant tout et son contraire, en refusant de voir que le "Mal que l'homme fait à l'homme " (titre du beau livre de Myriam Revault d'Allonnes) comporte de multiples visages, hélas ...Ce serait tellement plus simple si le Mal n'avait qu'une seule et unique forme, nommée " libéralisme ", en l'occurrence. Quelle économie de pensée, pour le coup...

Shoah : la "mémoire vaine"

(Voici un passage d'un texte que j'ai écrit en 1994 sur le "crime contre l'humanité" dans l'Encyclopaedia Universalis, accompagné d'une bibliographie:)

Le refus de partager l'humanité
Les premiers dans l'histoire en effet, les nazis ont non seulement exprimé la volonté, mais se sont donné les moyens d'exterminer tout un peuple sur une base uniquement raciale. La spécificité de ce crime, qui traduit le refus explicite de la part d'une communauté de partager l'humanité avec une autre, comporte trois composantes essentielles. Ce crime relève en premier lieu d'une logique totalitaire„ débouchant sur un racisme non pas dominateur, pour lequel l'autre doit être asservi ou assimilé, mais exterminateur : l'autre doit être détruit, c'est-à-dire extrait du corps social, parce qu'il est jugé inassimilable. Une telle « mixophobie » est, selon Pierre André Taguieff, caractéristique de tous les projets génocidaires : l'autre est un « parasite », on ne « négocie pas avec un pou », etc. En second lieu, le crime contre l'humanité est la manifestation paranoïde d'une angoisse bien spécifique. Résultant d'une perte de repères identificatoires, ce malaise profond ne peut que déboucher sur une crise sociale foncièrement suicidaire : car l'autre qu'il faut détruire n'est ni un ennemi ni un adversaire. Installé au cceur de la société, il doit être soigneusement sélectionné puis arraché au corps social au prix d'une déchirure et d'une mutilation d'une indicible violence. Le peuple, « devenu à lui-même son propre ennemi » (C. Lefort), est conduit à s'engager dans une gigantesque crise sacrificielle aux conséquences incalculables. On songe au déferlement inouï de ces « puissances des ténèbres » évoqué en des pages célèbres par le philosophe Jan Patocka (Les Guerres du XXe siècle et le XXe siècle en tant que guerre). Le caractère radical et systématique des exterminations ou des « nettoyages » de notre temps, au Cambodge ou en Yougoslavie, par exemple, semblerait témoigner d'une incroyable volonté d'en finir avec l'homme, c'est-à-dire, au fond, pour l'humanité, en l'une de ses parties au moins, de s'autodétruire. On est finalement amené à se demander si une telle rage suicidaire, une explosion de violence aussi radicale, ne dépasse pas toutes nos limites de compréhension.
Un crime contre l'essence humaine
Le dernier aspect qui caractérise le crime contre l'humanité est peut-être le plus déterminant : les actes incriminés sont toujours commis, on l'a vu, en exécution d'un plan concerté, dans le cadre d'un programme politique bien défini. Ce type de programmes - théorisés et « fondés » philosophiquement par les intelligentsias européennes - constitue une sorte de religion inversée, ou encore un retournement de toutes les valeurs humanistes. De telles doctrines, suivies de leurs conséquences, constituent une profanation délibérée de tout ce que l'humanité tient pour le plus sacré. Vladimir Jankélévitch, dans son ouvrage L'imprescriptible, écrit que, à ses yeux, le crime nazi est un crime « infini », « absolu », « exorbitant ». Répondant à une logique totalement irrationnelle, il vise la négation radicale de ce qui constitue la valeur absolue de tout homme sa dignité. L'avilissement de la victime, sa déchéance, sa disqualification en tant qu'homme constituent l'objectif de ces criminels qui insultent avant de tuer, tuant ainsi deux fois. Mireille Delmas-Marty rejoint de telles analyses lorsqu'elle conclut que le crime contre l'humanité est une « destruction métaphysique de l'homme », dans la mesure où il vise « la négation absolue du principe d'égale appartenance de tout homme à la communauté humaine » (pratiques discriminatoires, mais aussi pratiques médicales pouvant conduire à la création de « surhommes » ou de « sous-hommes » par croisement d'espèces).
Un crime qui engage la responsabilité de l'humanité entière
Primo Levi écrivait, à propos de la « haine nazie », que « ce qui s'est passé ne peut être compris, et même ne doit pas être compris » ; mais il ajoutait que « si la comprendre est impossible, la connaître est nécessaire. parce que ce qui est arrivé peut recommencer, les consciences peuvent à nouveau être déviées et obscurcies : les nôtresDroitaussi ». Aujourd'hui, certains philosophes se demandent si l'humanité a bien retenu la leçon d'Auschwitz, et c'est, en général, pour en douter sérieusement (comme le font Alain Finkielkraut et Tzvetan Todorov). Pourtant, les moyens mis à notre disposition pour penser le crime contre l'humanité ne manquent pas (livres, âlms, notamment Shoah, etc.). En revanche, le désir de comprendre, le souci de savoir et de témoigner font souvent défaut. Karl Jaspers et Léon Poliakov ont démontré, l'un et l'autre, qu'il ne peut 7 avoir de génocide sans une sorte de consensus universel de l'aveuglement et de l'indifférence. La dénégation de la réalité d'un génocide constitue, en outre, un mécanisme qui permet à la communauté internationale, condamnée de fait à l'impuissance, de se dédouaner et de refouler - au moins pour un temps - la culpabilité. Pourtant, nous le savons aujourd'hui, le crime contre l'humanité engage la responsabilité de l'humanité tout entière. En l'absence d'une juridiction pénale internationale, et compte tenu des faibles moyens actuels de l'O.N.U., la répression de ces crimes ne relève encore que de systèmes nationaux, ce qui en réduit singulièrement la portée. Force est de constater que la communauté internationale est bien loin d'avoir les moyens de ses ambitions et de ses exigences en matière de justice internationale.

Bibliographie:
Textes juridiques et philosophiques :
M. DELMAS-MARTY, Le Crime contre l'humanité, XXVI° congrès de l'Association française de criminologie, Privat, Toulouse, 1993
P. M. DUPUY, Droit international public, Dallez, Paris. 1992 ,
J. FRANCILIEN, « Crimes de guerre, crimes contre l'humanité », in Jurisclasseur pénal annexe, fascicule n, 410, 1993
C. LOMBOIS, Un crime international en droit positif français, Cujas, Paris, 1989
M. MASSE, « Les Crimes contre l'humanité », in Actes, sept. 1989
P. ROLLAND & P. TAVERNIER, La Protection internationale des droits de l'homme, coll. Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 1989
M. TORELLI, Le Droit international humanitaire, ibid., 2° éd., 1989
P. TRUCHE, « La Notion de crime contre l'humanité », in Esprit, mai 1992 j Vers un tribunal pénal international, Document. franç., Paris, 1993.Histoire et philosophie.Au sujet de Shoah, ouvr. coll., Belin, Paris, 1990,
F. BEDARIDA, Le Génocide et le nazisme, Presses-Pocket, Paris, 1992 M. DOBKINE, Crimes et humanité. Extraits des actes du procès de Nuremberg, Romillat, 1992
M. GRMEK, M. GJIDARA & N. SIMAC, Le Nettoyage ethnique, Fayard, Paris, 1993
A. GROSSER, Le Crime et la mémoire, Flammarion. Paris, 1989
R. HILBERG , La Destruction des juifs en Europe, Fayard, 1988
A. MAYER, La Solution finale dans l'histoire, La Découverte, Paris, 1990
L. Poliakov, Le Bréviaire de la haine, Complexe, Bruxelles, 1986 J Vukovar, Sarajevo..., ouvr. coll., Esprit, 1993.
Philosophie
H. ARENDT, Les Origines du totalitarisme, Points-Seuil, Paris, 1984; Eichmann à Jérusalem, Folio Histoire, Gallimard, Paris, 1991
L. DUMONT, Essais sur l'individualisme, Seuil, 1983
A. FINKIELKRAUT, La Mémoire vaine du crime contre l'humanité, Gaillard, 1989 / A. FROSSARD, Le Crime contre l'humanité, Robert Laffont, Paris, 1987
V. JANKELEVITCH, L'Imprescriptible, Seuil, 1956, rééd. 1976
K. JASPERS, La Culpabilité allemande, Minuit,Paris, 1990
C. LEFORT, Un homme en trop, Points-Seuil, 1976
J. PATOCKA, Essais hérétiques, Verdier, Paris, 197 5
J. SANTURET,« Crime contre l'humanité, philia et vérité », in Cahiers philosophiques, oct. 1991
P. A. TAGUIEFF, La Force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, coll. Tel, Gallimard, 1990
T. TODOROV, Face à l'extrême, Seuil, 1991.RevuesAlternatives non violentes, n° spéc. « Génocides. Penser l'impensable », 1986 / Dialogue, n° '117, « Recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille » / Economica, n° spic. « Totalitarismes », 1984.
Littérature
R. A.NTELME, L'Espèce humaine, Gallimard, 1966
V. Grossman, Vie et destin. Julliard, Paris, 1983,
P. LEVI, Si c'est un homme, Presses-Pocket, 1987
A. SOLJENISYNE, L'Archipel du Goulag. Seuil, 1974

Le Ramadan, pourquoi?

Lire l'indispensable papier de Abdenour Bidar, professeur de philosophie en classes préparatoires, auteur de "Un islam pour notre temps" et " Self islam" .
Pourquoi les musulmans jeûnent-ils?

(voilà quelqu'un qui prouve encore une fois que dans la France aujourd'hui certains peuvent réussir sans être des héritiers...)

"L'impasse" par LIonel Jospin


Voici le dernier livre qui descend en flammes Ségolène Royal...

Pourtant Jospin a dit "La solution, c'est le vote socialiste, c'est le vote Ségolène Royal" (Lens, 17 mars 2007)

Allez comprendre quelque chose...

dimanche 16 septembre 2007

Le goût (Kant)


"Lorsqu'il s'agit de ce qui est agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu'il fonde sur un sentiment personnel et en fonction duquel il affirme qu'un objet lui plaît, soit restreint à sa seule personne. Aussi bien disant : "Le vin des Canaries est agréable", il admettra volontiers qu'un autre corrige l'expression et lui rappelle qu'il doit dire : cela m'est agréable. Il en est ainsi non seulement pour le goût de la langue, du palais et du gosier, mais aussi pour tout ce qui peut être agréable aux yeux et aux oreilles de chacun. La couleur violette sera douce et aimable pour celui-ci, morte et éteinte pour celui-là. Celui-ci aime le son des instruments à vent, celui-là aime les instruments à corde. Ce serait folie que de discuter à ce propos, afin de réputer erroné le jugement d'autrui, qui diffère du nôtre, comme s'il lui était logiquement opposé; le principe : "À chacun son goût" ( s'agissant des sens ) est un principe valable pour ce qui est agréable. Il en va tout autrement du beau. Il serait ( tout juste à l'inverse ) ridicule que quelqu'un, s'imaginant avoir du goût, songe en faire la preuve en déclarant : cet objet ( l'édifice que nous voyons, le vêtement que porte celui-ci, le concert que nous entendons, le poème que l'on soumet à notre appréciation ) est beau pour moi. Car il ne doit pas appeler beau, ce qui ne plaît qu'à lui. Beaucoup de choses peuvent avoir pour lui du charme ou de l'agrément; personne ne s'en soucie; toutefois lorsqu'il dit qu'une chose est belle, il attribue aux autres la même satisfaction; il ne juge pas seulement pour lui, mais aussi pour autrui et parle alors de la beauté comme si elle était une propriété des choses. C'est pourquoi il dit : la chose est belle et dans son jugement exprimant sa satisfaction, il exige l'adhésion des autres, loin de compter sur leur adhésion, parce qu'il a constaté maintes fois que leur jugement s'accordait avec le sien. Il les blâme s'ils jugent autrement et leur dénie un goût, qu'ils devraient cependant posséder d'après ses exigences; et ainsi on ne peut dire : "À chacun son goût". Cela reviendrait à dire : le goût n'existe pas, il n'existe pas de jugement esthétique qui pourrait légitimement prétendre à l'assentiment de tous" Analytique du beau

"Les chinois voient les mêmes vérités que je vois" (Texte de Malebranche)


"Je vois que deux et deux font quatre et qu'il faut préférer son ami à son chien , et je suis certain qu'il n'y a point d'homme au monde qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois pas ces vérités dans l'esprit des autres : comme les autres ne le voient point dans le mien. Il est donc nécesasire qu'il y ait une Raison universelle qui m'éclaire, et tout ce qu'il y a d'intelligences. Car si la raison que je consulte n'était pas la même qui répond aux chinois, il est évident que je ne pourrais pas être aussi assuré que je le suis, que les chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la Raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mêmes, est une Raison universelle. Je dis : quand nous rentrons dans nous-mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionné. Lorsqu'un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu'elles ne sont pas conformes à la souveraine Raison, ou à la raison universelle que tous les hommes consultent"

Le goût selon Voltaire (le crapaud)


BEAU - Dictionnaire philosophique de Voltaire

OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE


BEAU

Puisque nous avons cité Platon sur l'amour, pourquoi ne le citerions-nous pas sur le beau, puisque le beau se fait aimer? On sera peut-être curieux de savoir comment un Grec parlait du beau il y a plus de deux mille ans.L'homme expié dans les mystères sacrés, quand il voit un beau visage décoré d'une forme divine, ou bien quelque espèce incorporelle, sent d'abord un frémissement secret, et je ne sais quelle crainte respectueuse-, il regarde cette figure comme une divinité.... quand l'influence de la beauté entre dans son âme par les yeux, il s'échauffe: les ailes de son âme sont arrosées; elles perdent leur dureté qui retenait leur germe; elles se liquéfient; ces germes enflés dans les racines de ses ailes s'efforcent de sortir par toutel'espèce de l'âme » (car l'âme avait des ailes autrefois), etc.

Je veux croire que rien n'est plus beau que ce discours de Platon; mais il ne nous donne pas des idées bien nettes de la nature du beau. Demandez à un crapaud ce que c'est que la beauté, le grand beau, le to kalon. Il vous répondra que c'est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une i gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun. Interrogez un nègre de Guinée; lebeau est pour lui une peau noire, huileuse, des yeux enfoncés, un nez épaté.Interrogez le diable; il vous dira que le beau est une pave de cornes, quatre griffes, et une queue. Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias; il leur faut quelque chose de conforme à l'archétype du beau en essence, au to Kalon.

-J'assistais un jour à une tragédie auprès d'un philosophe. « Que cela est beau! disait-il. . - Que trouvez-vous là de beau? lui dis-je. - C'est, dit-il, que l'auteur a atteint son but. » Le lendemain il prit une médecine qui lui fit du bien. « Elle a atteint son but, lui dis-je; voilà une belle médecine! » Il comprit qu'on ne peut pas dire qu'une médecine est belle, et crue pour donner à quelque chose le nom, de beauté, il faut qu'elle vous cause de l'admiration et du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c'était là le to kalon, le beau.Nous rimes un voyage en Angleterre: on y joua la même pièce, parfaitement traduite; elle fit bâiller tous les spectateurs. « Oh, oh! dit-il, le to kalon n'est pas le même pour les Anglais et pour les Français. Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est souvent très relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne l'est pas à Pékin; et il s'épargna la peine de composer un long traité sur le beau.Il y a des actions que le monde entier trouve belles. Deux officiers de César, ennemis mortels l'un de l'autre, se portent un défi, non à qui répandra le sang l'un de l'autre derrière un buisson en tierce et en quarte comme chez nous, mais à qui défendra le mieux le camp des Romains, que les Barbares vont attaquer. L'un des deux, après avoir repoussé les ennemis, est près de succomber; l'autre vole à son secours, lui sauve la vie, et achève la victoire.Un ami se dévoue à la mort pour son ami, un fils pour son père: l'Algonquin, le Français, le Chinois, diront tous que cela est fort beau, que ces actions leur font plaisir, qu'ils les admirent.

Doit-on se contenter d'exprimer le caractère relatif des opinions?

Je ne suis pas sûre de bien comprendre votre question..
Cependant, sur le caractère "relatif" des opinions, je peux vous communiquer des textes... à méditer.
Celui de Voltaire sur le relativisme des jugements de goût. Celui de Kant, à l'inverse , qui dit que l'homme de goût ne dira jamais "à chacun son goût".
Et celui de Malebranche, qui dit que le vrai est forcément vrai pour tous!

Chers anonymes

Pourriez-vous s'il vous plaît me laisser vos mails ... je ne peux pas répondre publiquement à toutes vos interventions , qui comprennent parfois des indiscrétions...

La querelle de l'école , suite


Voici le livre de Eric Maurin qui répond à Brighelli et Finkielkraut:
Pour lui il faut
1) S'inspirer des pays qui forment davantage le corps professoral sur le plan de la pédagogie ( renoncer aux concours?)
2) Investir massivement dans l'université ( et donner moins aux privilégiés qui sont en prépas...)

Nouvelles caricatures de Mahomet, nouvel appel au meurtre


A lire la dépêche AFP

Spinoza, vite , reviens!

La querelle de l'école : l'école en ruine par Alain Finkielkraut


Toujours le JDD, sur le site, ITV de Finkielkraut

Une nouvelle école de communication labellisée Sciences-po : l'interview de Richard Descoings


C'est dans Le JDD:
Sciences Po fait sa com

" Transformer les masters de Sciences Po Paris en écoles, telle est la nouvelle stratégie de Richard Descoings. Le directeur de l'IEP y voit là une forme d'organisation « plus intelligente et plus efficace » pour les étudiants comme pour les recruteurs. Le premier master à faire sa mue est celui consacré à la communication. Sous le patronage de Jean-Marie Dru, président du groupe BDDP, une école de communication va ainsi voir le jour mardi, trois ans après celle de journalisme. Pour diriger cette nouvelle structure consacrée à la communication, qui est « plus qu'un simple lifting du master »,l'IEP de Paris a fait appel à Jean-Michel Carlo, ancien président de Young &,Rubicam,. et Jean-Michel Carlo, ancien président de Young et Rubicam Europe et d'Euro RSCG France, directeur général d'Ipsos. Une pointure. « C'est le moment, en utilisant l'excellence de Sciences Po en sciences humaines et sociales de créer une école nouvelle pour un métier nouveau en pleine révolution numérique », explique-t-il, convaincu qu'il y a un créneau nécessaire à occuper entre l'approche marketing des écoles de commerce et celle purement universitaire d'autres établissements. Une centaine d'étudiants intégreront après-demain cette école, dont un tiers venus de l'étranger. JBP
A lire sur lejdd fr: l'interview de Richard Descoings .

Vers un nouveau baccalauréat...


Vous le saviez? Un projet pour un nouveau bac?
Moi je ne le savais pas
Lire Brighelli dans le JDD

samedi 15 septembre 2007

Préparation IEP et HK : méthode (oral)


Voici une méthode pour l'oral . Plus spécifiquement pour l'épreuve de "face à face" qui est pratiquée dans les concours de grandes écoles de commerce, mais que je propose à titre d'exercice (en "Culture et méthode", en HK).



L’exposé durera environ 10 minutes.
1) Le maintien
Pour un oral, le « maintien » est capital. Se tenir droit. La voix doit être posée, ni aiguë, ni nasillarde. Vous devez articuler convenablement (en pas parler « dans sa barbe ») et regarder votre interlocuteur dans les yeux. Pas de mouvement de nervosité, comme se gratter le dos ou se ronger les ongles etc…

2) Le contenu

a)L’organisation des idées
Le but est de convaincre, donc vos arguments sont orientés dans un seul sens, contrairement à ce qui est attendu dans une dissertation. Toutefois, vous gagnerez à prendre en compte le point de vue adverse - à titre d’objection implicite à votre raisonnement.
Le plan peut comporter deux ou trois parties, mais chaque partie doit elle-même comporter des sous-parties. En aucun cas vos arguments ne doivent être énoncés en vrac. Ils doivent toujours être classés, c’est-à-dire hiérarchisés

b) Comment classer ses arguments ?
Commencez par les arguments les plus simples et les plus banals, les plus évidents. Puis avancez progressivement vers des arguments plus compliqués, plus subtils, plus profonds. Chaque argument-clé doit être illustré par un exemple précis, concret, vivant (emprunté à la littérature ou à l’actualité). N’oubliez jamais cette régle d’or, qui vaut aussi pour les colles et les dissertations : la première partie est courte, la seconde moyenne, et la troisième est la plus longue, la plus solide aussi. Puisque que c’est dans cette seconde (ou troisième partie) que vous énoncez ce qui sera votre conclusion, ce que vous avez démontré.

c) Comment retenir l’attention des auditeurs ?
Il faut énoncer sa problématique (question articulée en deux ou trois points pour une colle, ou thèse détaillée dans le cas du face à face), en introduction. Puis, à chaque articulation dites : « ceci est mon premier point, ceci est le second point etc ..
Conclure toujours chaque partie. Dire « je », si nécessaire, mais pas « nous » !

3) Comment être excellent ?
En trouvant les illustrations qui intéressent parce qu’elles sont pertinentes et originales. En énonçant des idées claires, relativement simples (pas de raisonnement tortueux à l’oral) et toujours articulées les unes aux autres
4) Eviter à tout prix
Un exposé de 3 minutes au lieu de 10/ 15 minutes.
Un exposé filandreux, abstrait et incompréhensible, sans plan ni illustration.
Répéter pour faire du remplissage (« comme je l’ai déjà dit… »)

Conclusion
Entraînez-vous avant devant un ami ou un parent, en lui demandant de ne rien vous laisser passer !

vendredi 14 septembre 2007

Qu'appelle-t-on "libéralisme"? (Léo Strauss)

Voici le texte d'un libéral qui nous parle ici de l'éducation "libérale" :

"Répétons-le : l'éducation libérale consiste à écouter la conversation des plus grands esprits entre eux. Mais sur ce point, nous rencontrons une difficulté insurmontable cette conversation ne peut avoir lieu sans notre assistance - en fait, c'est à nous qu'il revient de mettre en place cette conversation. Les plus grands esprits monologuent. Il nous faut transformer leurs monologues en un dialogue, leur isolement en une communauté. Les plus grands esprits monologuent même quand ils écrivent des dialogues. Si nous considérons les dialogues de Platon, nous remarquons qu'il n'y a jamais de dialogue entre esprits du plus haut niveau : tous les dialogues de Platon sont des dialogues entre un homme supérieur et des hommes qui lui sont inférieurs. Apparemment, Platon pensait qu'on ne pouvait pas écrire de dialogue entre deux hommes supérieurs. Il nous faut par conséquent faire quelque chose que les plus grands esprits furent incapables de faire. Regardons cette difficulté en face - une difficulté tellement grande qu'elle semble condamner l'éducation libérale comme une espèce d'absurdité. Parce que les plus grands esprits se contredisent entre eux sur les questions les plus importantes, ils nous contraignent à nous faire les juges de leurs monologues; nous ne pouvons pas accepter aveuglément ce que l'un ou l'autre dit. D'un autre côté, nous ne pouvons ignorer notre incompétence à bien juger.Bien des illusions faciles nous voilent cet état de choses. Nous pensons en quelque sorte que notre point de vue est supérieur, plus élevé que celui des plus grands esprits - soit parce que notre point de vue est celui de notre temps, et que notre temps, parce qu'il est postérieur au temps des plus grands esprits, peut lui être présumé supérieur; soit parce que nous pensons que chacun des plus grands esprits avait raison de son point de vue, mais non pas purement et simplement raison, comme il le prétend nous savons qu'il ne peut y avoir d'opinion purement et simplement vraie en elle-même, mais seulement une opinion purement et sim-plement vraie formellement; cette opinion formelle consiste à avoir compris que toute opinion générale est relative à une perspective spécifique, ou que toutes les opinions générales sont mutuellement exclusives et qu'aucune lie peut être purement et simplement vraie. Les illusions faciles qui nous voilent notre véritable situation reviennent toutes à celle-ci : nous sommes, ou nous pouvons être plus sages que les plus sages des hommes du passé. Nous sommes ainsi poussés à nous prendre, non pas pour des élèves attentifs et dociles, mais pour des impresarii ou pour des dompteurs de lions. Il nous faut cependant faire face à notre redoutable situation, engendrée par la nécessité où nous nous trouvons d'essayer d'être plus que des élèves attentifs et dociles, c'est-à-dire d'être des juges, tout en n'étant pas compétents pour juger. A ce qu'il me semble, la cause de cette situation est que nous avons perdu toutes les traditionss faisant tout simplement autorité auxquelles nous puissions nous fier, nous avons perdu le nomos qui nous donnait avec autorité une direction à suivre, et cela parce que nos maîtres et les maîtres de nos maîtres ont cru à la possibilité d'une société purement et simplement rationnelle. Chacun de nous est maintenant contraint de trouver ses repères, par ses propres forces, si imparfaites soient-elles.Nous n'avons pas d'autre soutien que celui qui est inhérent à cette activité elle-même. La philosophie, avons-nous appris, doit se garder de vouloir être édifiante - la philosophie peut seulement être intrinsèquement édifiante. Nous ne pouvons pas exercer notre entendement sans de temps en temps comprendre quelque chose d'important; et cet acte de compréhension peut s'accompagner de la conscience de notre compréhension, s'accompagner de la compréhension de la compréhension, de la noesis noeseos, et cette expérience est si élevée, si pure et si noble, qu'Aristote apu l'attribuer à son Dieu. Cette expérience est entièrement indépendante de la question de savoir si ce que nous comprenons est d'abord agréable ou désagréable, beau ou laid. Elle nous conduit à nous rendre compte qu'en un sens tous les maux ont une nécessité si l'on veut que la compréhension existe. Elle nous rend capables d'accepter comme de bons citoyens de la cité de Dieu tous les maux (lui peuvent nous arriver et qui risquent de briser nos coeurs. En prenant conscience de la dignité de l'esprit, nous nous rendons compte du fondement véritable de la dignité de l'homme et en outre de la bonté du monde, que nous le comprenions comme créé ou comme incréé, qui est la demeure de l'esprit de l'homme.L'éducation libérale qui consiste en un commerce permanent avec les plus grands esprits est un entraînement à la modestie la plus haute, pour ne pas dire à l'humilité. Elle est en même temps un entraînement à l'audace : elle exige de nous une rupture complète avec le bruit, la hâte, l'absence de pensée, la médiocrité de la Foire aux Vanités des intellectuels comme de leurs ennemis. Elle exige de nous l'audace impliquée dans la résolution de considérer les opinions reçues comme de simples opinions, ou encore de considérer les opinions ordinaires comme des opinions extrêmes ayant au moins autant de chances d'être fausses que les opinions les plus étranges ou les opinions les moins populaires. L'éducation libérale est libération de la vulgarité. Les Grecs avaient un mot merveilleux pour « vulgarité » ; ils la nommaient apeirokalia, manque d'expérience des belles choses. L'éducation libérale nous donne l'expérience des belles choses".
Léo Strauss L'éducation libérale
Le libéralisme antique et moderne PUF 1990 pp 13-21

jeudi 13 septembre 2007

Le nouveau manifeste des Gracques

Pour une gauche moderne:
démocratique, libérale et morale.
Lecture indispensable: le Monde

l'Astrée (littérature et cinéma)




Qui a vu le Rohmer?


Pourquoi vous n'en dites rien?


Lire Libé le papier de E. Launet

Les prépas, toujours plus élitistes


Malgré tous les efforts des uns et des autres... Libé

mercredi 12 septembre 2007

Concours sciences-po Paris, mai 2008, dernière session


Le concours "bac plus un" aura lieu cette année pour la dernière fois, les 9 et 10 mai 2008. L' écrit ouvre l'admissibilité, il est suivi d'un entretien qui porte 1) sur une question d'actualité (culture générale) 2) sur une discussion permettant de cerner la personnalité du candidat.

Les étudiants admis entreront en première année.
(Mon lycée continue de préparer à cette épreuve, pour la dernière année ; mais les modules de "culture et méthode" sont ouverts à tous les étudiants qui souhaitent obtenir un soutien en "culture générale")

Les valeurs du rugby


"L'agressivité, la puissance, le sacrifice de l'affrontement, le goût de la castagne, l'esprit de corps farouche, la passion de la prouesse, du dépassement de la volonté jusqu'à l'héroïsme, tout cela sonne plus martial que jauressien. Il y a toujours quelque chose d'une phalange macédonienne dans un XV qui s'élance. Quant à la pureté originelle de l'amateurisme, au désintéressement agreste des équipes de jadis, il y a belle lurette qu'ils se sont prosternés face aux chèques des télévisions, des transferts, des produits dérivés, bref de la professionnalisation, c'est-à-dire du triomphe de l'argent médiatisé: à droite."

Olivier Duhamel Libé : Rugby, Objet politique identifiable.

(notez que cela rejoint un peu la corrida)



Guy Môquet, saint patron des rugbymen


C'est quand même un peu fort, non!

Merci à Antoine Vitkine pour le papier de Libé ce matin

lundi 10 septembre 2007

Les formes contre la barbarie


"Les formes sont les divinités tutélaires des institutions humaines. Ce sont les formes qui empêchent la barbarie" Benjamin Constant


Ce propos s'applique particulièrement à l'école.
En voici une illustration tirée du livre que je suis en train de lire:


" L'enseignant a le devoir de le faire trimer : il n'est pas là pour faire garderie - ni pour animer des débats, ou encadrer des travaux personnels pompés sur Internet.
Là est la vraie demande : apprendre. Revenir chez soi le soir plus riche qu'il n'en est parti. Qu'as-tu appris aujourd'hui à l'école?» Si à cette question des parents, l'enfant ou l'adolescent n'a rien à répondre, c'est qu'il a perdu sa journée. Que les parents sourient, de manière complice, en reconnaissant ce qu'eux-mêmes ont appris à son âge, ou qu'ils soient interloqués, courroucés parfois, devant des enseignements tout à fait nouveaux, peu importe. Élèves et profs appartiennent à une chaîne de transmission.

Il en résulte que l'enseignant n'est pas un copain. On ne l'appelle pas par son prénom, on ne le tutoie pas - pas plus dans les petites classes qu'en université. Lorsque Camus dédicaça ses premiers livres à son instituteur de CM2, il écrivit : " À M. Louis Germain. » Pas à Louis »,ni même « à Louis Germain». Il lui devait sans doute des coups de règle sûr les doigts, quelques tiraillements d'oreille, et sa réussite à l'examen d'entrée en sixième - parce qu'à cette époque, on devait mériter l'entrée en sixième. Louis Germain prêta des livres au futur prix Nobel, il se rendit même chez lui pour convaincre sa mère et sa grand-mère de laisser le petit Albert faire des études - rien qui sortît de sa mission première enseigner. De la même manière, en première supérieure (nous disons aujourd'hui terminale), son professeur de philosophie, Jean Grenier, passa au jeune footballeur, fils d'une femme de ménage, des livres et des revues qu'il ne risquait pas de se procurer avec sa maigre bourse de pupille de la nation. Parce qu'il était là pour le faire progresser. Et rien d'autre.Profitons-en pour faire remarquer aux partisans des « héritiers» que l'on pouvait alors naître et grandir dans le quartier Belcourt d'Alger et monter jusqu'au sommet de la gloire. Nous y reviendrons.
L'enseignant n'est pas une assistante sociale, même s'il doit être attentif à ces petits riens qui trahissent de vrais désarrois. Les demandes des élèves sont réelles, et permanentes, mais doivent être entendues de façon à ramener sans cesse l'enfant vers sa tâche première : apprendre. Nous enseignons, nous n'éduquons pas - ou fort peu".

Jean-Paul Brighelli La fabrique du crétin La mort programmée de l'école. 2005 Folio

Point de vue sur la guerre en Irak, par Dick Howard


http://www.ouest-france.fr/Guerre-en-Irak-les-dures-realites/re/actuDet/actu_3633-441726-----_actu.html

Guerre en Irak : les dures réalités
Par Dick Howard*

"On avait pu penser, en novembre 2006, que la victoire des démocrates lors des élections de mi-mandat, suivie par la publication du rapport Baker, ancien conseiller de Bush père, annonçait un prochain retrait des forces américaines d’Irak. C’est le contraire qui s’est produit, avec l’envoi de 30,000 hommes en renfort. Seule concession aux démocrates : le commandant sur place, David Petraeus, et l’ambassadeur Ryan Crocker, vont livrer au Congrès cette semaine leur rapport militaire et politique.
Le Général Petraeus, qui s’est fait connaître pour ses succès lors de l’occupation de Mossoul en 2004, est habile et beau parleur. Il n’est pas sans reproche. Dans une tribune dans le Washington Post, six semaines avant les élections de 2004, il faisait état de “progrès tangibles” et d’un renversement de tendance ”en Irak. A-t-il effacé ce faux pas qui l’alignait sur le candidat Bush ?
Il est tout de même étrange que cette Amérique si fière de sa démocratie se fie à un militaire pour une décision d'une telle importance. George Bush justifie cette option anti-politique en disant que “cette décision sera fondée sur une évaluation froide par nos commandants militaires, pas par une réaction nerveuse des hommes politiques à Washington.
Il y a tout de même un précédent, gênant. Il s’agit du discours de Colin Powell devant l’ONU en 2003. Ce militaire expérimenté, jouissant d’une réputation impeccable, était alors le secrétaire d’Etat de George Bush. Saddam, assurait-il, détenait des armes de destruction massives qu’il n’hésiterait pas à utiliser si l’on ne le frappait pas d’un coup préventif. On connaît, hélas, la suite …
Les responsables américains ne peuvent esquiver de dures réalités À supposer que la tactique soit jugée payante, l’armée US est au bord de l’épuisement. Pour des raisons techniques. Il faudra commencer à se replier vers le mois d’avril – quitte à réintroduire la conscription militaire, ce qui ferait naître un vrai mouvement anti-guerre, comme pour le Vietnam.
Pour sa visite-surprise en Irak, Bush a évité Bagdad et choisi la province Anbar, où des unités, dégoûtés par l’extrémisme d’“Al Qaida” se sont alliés avec les militaires américains. L’avenir, du coup, ne dépendrait plus des incompétents à Bagdad, trop préoccupés par leurs inimitiés religieuses et leurs pratiques mafieuses pour créer un gouvernement stable. Et le Congrès américain n’aurait plus de prétexte réel pour refuser les 50 milliards de dollars supplémentaires demandés par la Maison Blanche.
Un autre fait manquant met en question les discours politiques : c’est la construction de l’ambassade américaine à Bagdad. Ce projet énorme (à peu près la taille de la cité du Vatican), comportera 21 bâtiments sur 42 hectares ; les 619 appartements de deux-pièces, un gymnase-piscine et des restaurants (américains) seront habités par un millier de diplomates, entourés de murs d’une épaisseur de 5 mètres. Vu le piètre état des infrastructures irakiennes, l’eau et l’électricité sont produites sur place. Le tout coûtera environ 592 milliards de dollars.
Il n’est pas nécessaire de souligner l’effet que devrait avoir aussi bien sur les Irakiens que sur leurs voisins, la construction d’un tel rempart pour les proconsuls américains dans la région. On n'érige pas une telle forteresse sans avoir l'intention d’y rester.
On peut se demander à quoi servira cette ambassade, construite avec l’intention d’agir sur un pays centralisé. Alors que les diplomates américains ne peuvent sortir de la fameuse Zone verte que sous protection armée, comment vont-ils pouvoir suivre et aider le processus de décentralisation ? On sait qu’une grande partie des fonds d’aide civile ne parvient pas à ses destinataires, faute de sûreté. Enfin, ces diplomates emmurés ne seront pas en mesure de pratiquer une diplomatie publique qui permettrait l’ouverture de communications entre les factions irakiennes.
Quoique le rapport Petraeus propose, et quelles que seront les décisions prises par le Congrès (démocrate, mais à une faible majorité), cette ambassade symbolise l’absence de politique cohérente. À moins qu’on ne revienne au conseil donné à Lyndon Johnson pendant la guerre du Vietnam par un sénateur du Vermont : il faut déclarer la victoire et partir ! "


* Professeur de philosophie politique à l’Université d’Etat de New-York, auteur de “La démocratie à l’épreuve. Chroniques américaines” (Buchet-Chastel)


(Article paru dans Ouest France et communiqué par mon ami Dick Howard. Merci!)

Lettre de Sarkozy sur l'éducation: une réponse dans Libé

Par Jacques Auxiette, dans Libé

L'envie et la jalousie, passions démocratiques (suite)

Dans Le sacrifice et l'envie, le philosophe Jean-Pierre Dupuy montre que l'égalité des conditions développe , dans les sociétés modernes et démocratiques, une "fièvre concurrentielle" inconcevable dans les sociétés aristocratiques. Il rejoint sur ce point René Girard (cf ses célèbres analyses du "désir mimétique"). Mais il s'appuie également sur Rousseau et sur Tocqueville qui ont bien vu l'un et l'autre que la jalousie et l'envie étaient les passions "démocratiques" par excellence. Passions qui peuvent nous conduire à désirer détruire ce que l'autre possède, à défaut de pouvoir y prétendre:


"L'égalité des conditions mène nécessairement les hommes à la concurrence et à la rivalité. Deux attitudes sont alors possibles, que Tocqueville partageai précisément entre les Etats-Unis et la France (...)
La première consiste à accepter le jeu de la concurrence, à chercher à vaincre l'autre, à être le meilleur. La seconde est l'attitude des enfants qui, lorsqu'ils voient qu'ils ne peuvent avoir ce qu'ils désirent, préfèrent le détruire plutôt que de le laisser à leur rival : c'est la logique de l'envie. Cette fuite apparente devant l'univers concurrentiel n'est évidemment pas la manifestation d'un manque, mais bien d'un excès d'esprit concurrentiel. Questions : ce que le sociologue aujourd'hui diagnostique comme un désengagement de la lutte pour la reconnaissance ne procéderait-il pas de la même illusion? Ce qu'il hypostasie comme indifférence et absence de désir ne serait-il pas la dissimulation d'un désir exacerbé, un masque au leurre duquel le sociologue se laisserait prendre?Délaissant l'esprit du temps, j'observe que presque tous les grands penseurs de la modernité nous ont donné de l'individu deux visions opposées et disjointes, dont l'articulation au sein de leur oeuvre leur a posé de sérieux problèmes : l'individu replié sur lui-même, isolé, indépendant, radicalement séparé de ses semblables; l'individu aspiré par les autres, fou de désir et d'esprit concurrentiel. Chez Tocqueville, c'est le même individu qui, tel Janus, présente ces deux visages. De là le paradoxe, que Tocqueville révèle sans vraiment le résoudre. Les autres auteurs s'arrangent en général pour dissoudre la contradiction en affectant chacun des deux termes à un moment différent, ou même à un type d'homme différent. C'est chez Rousseau que la tension est la plus forte : d'un côté l' « amour de soi », cette boucle auto-référententielle qui clôt l'individu sur lui-même comme être autosuffisant, ce sentiment qui le pousse à ne se soucier que de lui-même et à ne rechercher des objets que pour autant qu'ils répondent à un « besoin absolu »; de l'autre l' « amour-propre » qui « vient du désir de se transporter toujours hors de soi » (Emile), qui naît dès l'instant où chacun reconnaît dans autrui son semblable,« sentiment relatif par lequel on se compare, qui demande des préférences, dont la jouissance est purement négative qui ne cherche plus à se satisfaire par notre propre bien, seulement par le mal d'autrui » (Rousseau, juge de Jean-Jacques).


Jean-Pierre Dupuy, Le sacrifice et l'envie,pp 26-27 Calmann-Levy

L'envie et la jalousie, passions démocratiques


C'est la démocratie qui nous rend semblables et égaux, et par conséquent envieux -donc méchants, si l'on en croit Tocqueville:

"Quand toutes les prérogatives de naissance et de fortune sont détruites, que toutes les professions sont ouvertes à tous, et qu'on peut parvenir de soi-même au sommet de chacune
d'elles, une carrière immense et aisée semble s'ouvrir devant l'ambition des hommes, et ils se figurent volontiers qu'ils sont appelés à de grandes destinées. Mais c'est là une vue erronée que l'expérience corrige tous les jours. Cette même égalité qui permet à chaque citoyen de concevoir de vastes espérances rend tous les citoyens individuellement faibles.
Elle limite de tous côtés leursforces, en même temps qu'elle permet à leurs désirs de s'étendre. Non seulement ils sont impuissants par eux-mêmes, mais ils trouvent à chaque pas d'immenses obstacles qu'ils avaient point aperçus d'abord.Ils ont détruit les privilèges gênant de quelques-uns de leurs semblables ; ils rencontrent la concurrence de tous . La borne a changé de forme plutôt que de place. Lorsque les hommes sont à peu près semblables et suivent une même route, il est bien difficile qu'aucun d'entre eux marche vite et perce à travers la foule uniforme qui l'environne et le presse.Cette opposition constante qui règne entre les instincts que fait naître l'égalité et les moyens qu'elle fournit pour les satisfaire tourmente et fatigue les âmes.On peut concevoir des hommes arrivés à un certain degré de liberté qui les satisfasse entièrement. Ils jouissent alors de leur indépendance sans inquiétude et sans ardeur. Mais les hommes ne fonderont jamais une égalité qui leur suffise".
Tocqueville De la démocratie en Amérique, Tome II, pp 192-193

Rousseau: l'homme est l'unique auteur du mal


(En réponse à une question de mes élèves ce matin sur la "bonté" de l'homme selon Rousseau)

Rousseau s'en prend ici aux plaintes qui nous font attribuer à la nature l'origine de nos maux:



"C'est l'abus de nos facultés qui nous rend malheureux et méchants. Nos chagrins, nos soucis, nos peines, nous viennent de nous. Le mal moral est incontestablement notre ouvrage, et le mal physique ne serait rien sans nos vices, qui nous l'ont rendu sensible. N'est-ce pas pour nous conserver que la nature nous fait sentir nos besoins ? La douleur du corps n'est-elle pas un signe que la machine se dérange, et un avertissement d'y pourvoir ? La mort... Les méchants n'empoisonnent-ils pas leur vie et la nôtre ? Qui est-ce qui voudrait toujours vivre ? La mort est le remède aux maux que vous vous faites ; la nature a voulu que vous ne souffrissiez pas toujours. Combien l'homme vivant dans la simplicité primitive est sujet à peu de maux ! Il vit presque sans maladies ainsi que sans passions, et ne prévoit ni ne sent la mort ; quand il la sent, ses misères la lui rendent désirable : dès lors elle n'est plus un mal pour lui. [...] Qui ne sait pas supporter un peu de souffrance doit s'attendre à beaucoup souffrir. Quand on a gâté sa constitution par une vie déréglée, on la veut rétablir par des remèdes ; au mal qu'on sent, on ajoute celui qu'on craint ; la prévoyance de la mort la rend horrible et l'accélère ; plus on la20 veut fuir, plus on la sent ; et l'on meurt de frayeur durant toute sa vie, en murmurant contre la nature des maux qu'on s'est faits en l'offensant. Homme, ne cherche plus l'auteur du mal ; cet auteur, c'est toi-même. Il n'existe point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l'un et l'autre te vient de toi. [...] Ôtez nos funestes progrès, ôtez nos erreurs et nos vices, ôtez l'ouvrage de l'homme,et tout est bien".


Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, IV(« Profession de foi du vicaire savoyard »), Éd. Flammarion, coll. « G.F. », 1966, p. 366.

dimanche 9 septembre 2007

L'obscénité démocratique (Regis Debray) suite

Les formes nous préservent de la barbarie dit Benjamin Constant.

Aujourd'hui, les formes sont discréditées et refoulées:











"L'hypersphère qui est le bocal où nous nageons -quelques-uns s'y noient- nous a fait passer
en un demi-siècle d'une société de la distance à une société du contact. Avantage du tactile : ça réchauffe. Bisous, caresses, taquineries et papouilles sont devenus de rigueur entre gens du même sexe, et les officiels tiennent désormais la poignée de main ou l'accolade à l'ancienne pour des marques de froideur, au bord de l'incident diplomatique. Attouchements mis à part, et laissant nos libidos de côté, privilège a été chimiquement donné, avec le daguerréotype en plein XIX siècle, aux choses elles-mêmes de se substituer à leur signe : devenue le premier des arts, la photo a supplanté l'image peinte ou dessinée, le tableau dans son cadre est devenu maintenant une installation hors cadre, et je suis sang, le titre d'une pièce dernier cri où toutes sortes d'humeurs, et non de l'hémoglobine, dégoulinent à la vue. Le trois-D a remplacé le devant le monde par un dans le monde. Le double-clic (console de jeu, boucle sensorimotrice, écran tactile, casque de visualisation, gant à retour de données) a transformé l'apprenti regardeur, l'auditeur patient en pilote en chambre ou en Exterminator survolté zigouillant sur sa vidéo des escouades fluorescentes de méchants, four rattraper la concurrence, par mimétisme ou par instinct de survie, les arts de la distance se sont vus obligés de squatter les techniques d'immersion. Ils sont bravement venus à notre rencontre, et ont élu domicile dans les friches, les hangars, les lofts et les garages"



Regis Debray pp 67-69